Lundi 23 janvier 2012 1 23 /01 /Jan /2012 19:37

Ses adversaires l'appellent "Flanby" et les humoristes le font passer pour un benêt (comme ils l'avaient fait pour Chirac puis Bayrou en d'autres temps). Même si, dans le débat public, je ne déteste pas débattre avec parfois un peu d'énergie, je n'aime pas les attaques personnelles, celles qui prennent pour cible ce que sont intimement les individus. Non seulement je n'aime pas ça mais, en plus, je sais qu'on fait souvent fausse route, on se fait plaisir et, après, on réalise qu'on a dit une couillonnade. 

 

flanby.gif

Or, je crois que tous les adjectifs dont on a affublé François Hollande font partie de ces couillonnades faciles et inutiles. A en croire ses contempteurs, Hollande serait sans idée, sans projet, sans dimension au point de le comparer à un flan ? Ces attaques ont été tellement répétées que le discours du Bourget, dimanche, avait sans doute pour principale ambition de faire mentir ces quolibets.

 

Et bien, je trouve que les adversaires de François Hollande auront réussi ce prodige de lui faire "fendre" l'armure dimanche au Bourget. Je trouve en effet qu'Hollande a plutôt atteint son objectif. Son discours -et la mise en scène qui l'accompagnait- ont été plutôt efficaces, renvoyant les seconds couteaux qui le brocardent à la place qui leur revient. 

 

Suis-je pour autant séduit par le candidat Hollande ? Non ! Pour avoir relu avec attention son discours, je le trouve aussi dangereux pour les Français et aussi inadapté à notre temps que je le redoutais. Peut-être même pire encore tant je retire de cette lecture la conviction que le PS n'a décidemment rien compris de sa propre histoire...

 

Mais mon propos d'aujourd'hui veut dire autre chose : en disciple de Mitterrand, François Hollande a, me semble-t-il, bien compris que la campagne, à défaut d'être longue (puisque N. Sarkozy repousse au plus loin l'annonce de sa candidature) sera intense et qu'il ne sert à rien de se dévoiler trop tôt.

 

Je trouve ça plutôt habile de sa part et la manière avec laquelle il a distillé, à la surprise générale dimanche, quelques petits éléments programmatiques, me conforte dans cette idée : tous ceux qui prennent "Flanby" pour un imbécile qui ressemblerait à sa marionnette risquent d'en être pour leurs frais. Car cet homme-là, j'en ai peur, mène plutôt bien sa barque de campagne, en tout cas jusqu'à maintenant.

 

Cela en fait-il un candidat à la hauteur des enjeux ? On en est loin ! Quelques instants de lyrisme dans un discours ne suffisent pas à relever les défis de notre temps.

 

Mais est-ce bien là la question centrale de cette élection ? Si la réponse était oui, c'est Alain Juppé qui serait le candidat de la droite, non ?

 

 

Par Bernard LUSSET - Publié dans : on en parle partout
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Jeudi 19 janvier 2012 4 19 /01 /Jan /2012 08:30

C'est le scoop ! Jean Dionis aurait mandaté Laurence Maïoroff pour aller contrer Corinne Griffond qui serait elle-même candidate aux municipales au Passage ! En lisant Sud Ouest hier matin, j'ai failli tomber de ma chaise... Mais, réflexion faite, il vaut mieux tuer le canard... dans l'oeuf, d'autant que ce canard n'a rien pour lui :

1. Quelles sont les intentions de ma collègue Corinne Griffond pour 2014 ? Je n'en sais rien et, pour tout dire, le sujet ne me parait pas d'une brûlante actualité. Je note simplement qu'il existe aujourd'hui une équipe municipale au Passage et qu'elle aura sans doute, le moment venu, quelque chose à dire.

2. Laurence Maïoroff a le droit, me semble-t-il, d'avoir ses habitudes (anciennes) au marché du chat d'Oc sans qu'immédiatement quelques bonnes âmes se croient obligées d'en tirer des conclusions aussi fantaisistes (je signale à l'attention générale qu'aux beaux jours, j'ai moi aussi mes habitudes sur le marché de Nérac, mais cela ne doit en rien troubler la qualité du sommeil de Nicolas Lacombe...)

3. Imaginer Jean Dionis lançant une de ses adjointes pour en contrer une autre, le tout dans une autre commune témoigne d'une imagination fertile mais d'une capacité d'anticipation proche de zéro ! Franchement, la vie politique a ses petits côtés, mais là...!

Au cas où l'information intéresserait quelqu'un, je signale que Corinne Griffond porte avec ardeur les dossiers municipaux de la vie familiale (et ils ne manquent pas), que Laurence Maïoroff prépare, entre autres, le temps 2 d'Agen Coeur Battant et la renégociation de la DSP des transports en commun de l'agglo, que Jean Dionis a deux ou trois dossiers majeurs sur le feu, et que Jean Barrul est Maire du Passage.

Au cas où ça intéresserait quelqu'un...

 

Par Bernard LUSSET - Publié dans : on en parle à Agen
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Lundi 16 janvier 2012 1 16 /01 /Jan /2012 19:22

"La Tribune" n'est certes pas un journal de gauche mais, en même temps, il est suffisament sérieux pour être lu avec intérêt. D'autant que l'article que je reproduis ci-dessous m'a semblé assez équilibré et, en tout cas, intéressant pour essayer de se forger une opinion sur la question suivante : à qui ou à quoi doit-on la perte de notre AAA ? (en se souvenant que Standard & Poors a déjà dégradé la note des USA le 6 août dernier et que le cataclysme alors annoncé n'a pas eu lieu...)

 

Manifestement, si on en croit l'auteur de cet article, on dit beaucoup de bêtises à ce sujet...

 

Je vous suggère donc la lecture de ce papier qui a le grand mérite d'apporter des éléments chiffrés simples et utiles lorsqu'il s'agit d'avoir en tête des éléments de comparaison. Cet article pourra être retrouvé directement sur le site de "La Tribune" en cliquant ici : article LA TRIBUNE.

 

BL

__________________________________

 

À entendre la gauche, Nicolas Sarkozy est le seul responsable de la perte du triple A.

À écouter la droite, la crise est uniquement à l'origine de cette « dégradation ».

La vérité se situe sans doute entre les deux.

 

Des mesures à la justification économique douteuse ont accru la dette. Mais pas à hauteur des 600 milliards supplémentaires enregistrés depuis cinq ans. À l'issue d'une journée de manifestation, Maurice Thorez (secrétaire général du Parti communiste) aurait dit, à propos du comptage des manifestants : « Il y a la statistique arithmétique, et il y a la statistique politique. »

 

S'agissant de la situation financière de la France, de son endettement, la statistique politique, campagne électorale oblige, occupe tout le terrain, ou presque. La « dégradation » de la notation de la dette publique française est bien sûr un coup dur pour Nicolas Sarkozy. Ne serait-ce que parce qu'il a tout fait pour l'éviter, jusqu'à ces dernières semaines, assimilant même le triple A à un « trésor national ». Pour autant, le président sortant est-il entièrement responsable de la décision de Standard & Poor's ? À entendre le PS, c'est évident. Le trou de la dette, c'est lui qui l'a creusé, dès son arrivée aux affaires, avec la loi Tepa, le bouclier fiscal...

 

À droite, on insistera au contraire sur les réformes entreprises, aussi bien pour dégager des économies dans la sphère publique que pour soutenir la croissance. Sarkozy aurait fait le maximum, la dégradation, c'est la faute à la crise, uniquement, affirme-t-on au sein de l'actuelle majorité.

 

Comme par hasard, la vérité se situe sans doute entre les deux.

 

Sans pousser outre mesure la caricature, à écouter d'une oreille distraite le discours de la gauche, on peut penser que le bouclier fiscal et les autres cadeaux aux riches faits depuis 2007 sont responsables de presque toute la dette accumulée au cours de ce quinquennat, soit près de 600 milliards d'euros (la dette publique était de 1.188 milliards d'euros en mars 2007, elle dépassera 1.750 milliards à la mi-2011). Une dette qui est bel et bien à l'origine de la décision de « dégrader » la France.

 

La statistique... arithmétique oblige à contredire ce genre d'affirmation. La réforme du bouclier fiscal (il avait été créé par Dominique de Villepin), voulue par Nicolas Sarkozy,AAA.jpg aura généré au maximum 2 milliards d'euros de déficit (donc de dette) supplémentaires, jusqu'à la disparition de ce mécanisme en 2011. On peut ajouter, au titre des cadeaux aux plus fortunés, la diminution des droits de succession. Soit, au total, 5 milliards sur l'ensemble du quinquennat. De quoi nourrir un sentiment d'injustice fiscale. Mais insuffisant pour « dégrader » la note française.

 

Au-delà, d'autres mesures intégrées dans la fameuse loi Tepa d'août 2007, plus coûteuses, peuvent être contestées. L'exonération des heures supplémentaires (près de 5 milliards de coût annuel) fait l'unanimité contre elle parmi les économistes : ce fut une mesure d'inspiration strictement politique, destinée à traduire dans la loi le « travailler plus pour gagner plus ». Quant à la réduction d'impôt pour intérêt d'emprunt, elle a été supprimée. Au total, la loi Tepa, effective à partir de 2008, aura représenté un manque à gagner de l'ordre de 10 milliards d'euros par an, soit 50 milliards sur l'ensemble du quinquennat, selon les estimations du rapporteur général du Budget à l'Assemblée nationale, Gilles Carrez.

 

À cette loi « fondatrice », il faut, bien sûr, ajouter les allégements fiscaux plus récents : réforme de la taxe professionnelle (6 milliards) et baisse de la TVA dans la restauration (3 milliards l'an). Un manque à gagner largement compensé par les hausses d'impôts intervenues en 2011 (11 milliards d'euros de niches fiscales en moins) et votées pour 2012 (16 milliards).

 

Nicolas Sarkozy a sans doute pris des mesures contestables, qui ont aggravé l'endettement et alimenté un sentiment d'injustice. Mais pas à hauteur de 600 milliards d'euros...

 

D'où vient cette dette massive, alors ?

 

La crise 2008-2009 marque durablement l'économie française, qui n'a jamais retrouvé son niveau de production de 2008. D'où des recettes fiscales en berne. Exemple : à fin novembre, les rentrées d'impôt sur les bénéfices des sociétés atteignaient péniblement 27 milliards d'euros sur 11 mois, contre 39 milliards à la même époque de 2008. Pendant ce temps, certaines dépenses ont continué d'augmenter. Fallait-il couper dans celles-ci, en pleine crise ?

 

Si l'Allemagne affiche un déficit public quasiment nul pour 2011 (1 % du PIB, contre 5,5 % en France), c'est le fruit d'une histoire économique peu comparable. Sous le gouvernement Schröder, au début des années 2000, l'Allemagne est quasiment le seul pays au monde à avoir réduit ses dépenses publiques sans l'aide de la croissance. D'où un déficit sensiblement diminué, mais au prix un « modèle social » sérieusement mis à mal, avec une explosion du taux de pauvreté.

Ensuite, un coup de pouce donné aux salaires, afin que ceux-ci rattrapent le terrain perdu, a contribué à relancer la machine, alimentant les recettes fiscales. Provisoirement, car le PIB allemand a baissé fin 2011, sous l'effet d'une crise européenne qui finit par atteindre nos voisins.

 

La sortie de crise se joue largement à Berlin.

 

Ivan Best

Par Bernard LUSSET - Publié dans : on en parle partout
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Mardi 10 janvier 2012 2 10 /01 /Jan /2012 08:30

Hervé Morin était à Agen jeudi dernier, en campagne aux côtés de Jean Dionis qui rappelle, dans son blog, le détail de cette visite lot-et-garonnaise. Je souhaite partager avec vous les quelques remarques que cette visite a suscité chez moi.

 

Jean Dionis engagé en première ligne de la campagne d'Hervé Morin

 

Il est de bon ton de se gausser des politiques qui ne seraient guidés que par la recherche du confort et de l'ambition personnelle : soulignons donc ici que l'engagement de Jean Dionis aux côtés d'un candidat crédité de 1% d'intentions de vote trouve son explication ailleurs ! Il y a dans cet engagement -que je partage pleinement- une conviction forte : la majorité présidentielle aurait mieux fonctionné hier -et fonctionnerait mieux demain- si elle était plus diverse, plus ouverte aux idées des autres, moins verrouillée.

 

Dit autrement, l'UMP constituée en 2002 sur la promesse d'un rassemblement large s'est transformée, au fil du temps, en écurie présidentielle où l'unicité de candidature qui est devenue la règle se traduit, mécaniquement, par une unicité de pensée. Exactement ce qH MORINue je craignais en 2002 et qui m'a fait refuser ce chemin, que tant d'amis centristes séduits par l'idée du parti unique ont suivi avant, pour beaucoup d'entre eux, d'en revenir... 

 

Jean Dionis fait partie de ceux qui, depuis 2002, se tiennent à une ligne claire : pleinement dans la majorité présidentielle mais libres et un peu différents. Pas nécessairement confortable, cette ligne au moins nous ressemble et Hervé Morin la porte avec constance et audace. Il était donc légitime que ses premiers pas en campagne présidentielle l'amènent à Agen.

 

Sur le terrain, la campagne ne ressemble pas à ce que les médias nationaux nous en disent

 

Jeudi soir au Skating, il y avait, et c'est bien normal, des militants centristes venus soutenir leur Président. Mais il y avait aussi des électeurs curieux dont beaucoup n'ont pas encore fait leur choix. Et en discutant avec ces derniers jeudi soir, j'ai été frappé de voir à quel point ils avaient apprécié ce qu'ils venaient d'entendre, un peu étonnés même de ce qu'ils avaient entendu et qui ne ressemblait pas à l'image qu'ils s'en faisaient.

 

Oui, Hervé Morin vaut infiniment mieux que ce que télés et radios parisiennes veulent bien en dire : responsable politique national, élu local, parlementaire et ancien ministre, il a une connaissance approfondie de la politique et pourtant, quand on l'écoute, malgré son pouvoir et son expérience, cet homme-là nous ressemble. Ou pour dire les choses autrement, Hervé Morin nous parle de nous et propose des solutions concrètes, non démagogiques, inspirées de son expérience et de ses nombreux échanges avec des responsables de terrain. Bref, il y a du souffle, des idées neuves et de l'énergie chez Hervé Morin. 

 

"Monsieur 1 %" ?

 

Dominique de Villepin est reçu sur  Canal + dimanche midi : et lui, que pèse-t-il sur le terrain ? Certes, je comprends que les journalistes qui l'accueillent sont certains de pouvoir extraire telle ou telle phrase assassine à l'égard de N. Sarkozy qui fera parler de l'émission. Mais pour le reste ?

 

Villepin aura-t-il les 500 parrainages de Maires ? Je suis convaincu du contraire. Au-delà de sa propre personne, qui Villepin représente-t-il ? Quel courant de pensée ? Quels élus locaux ? Quels militants ?

Idem pour Eva Joly qui, malgré la "puissance de feu" supposée des écologistes, n'est créditée que d'un petit 3% : on voit bien que dans cette élection présidentielle, rien n'est joué à ce jour.

 

Et si cette candidature était aussi anecdotique qu'on veut bien le dire, pourquoi déchainer contre lui tant de moyens pour tenter de l'empêcher d'aller au bout de sa démarche ? Nicolas Sarkozy en serait à 1 point près dans les sondages ? Si tel était le cas, alors je ne donne pas cher de la réélection du Président sortant ! Il serait quand même exotique qu'Hervé Morin soit ainsi rendu responsable par l'UMP des faiblesses de son propre candidat...

 

Sur bien des sujets, le Centre a eu raison avant tout le monde

 

Pardon de ce plaidoyer pro domo, mais ce qui m'incite à demeurer fort sur mes convictions et mon engagement centristes dans cette élection, c'est que sur un certain nombre de sujets essentiels, le Centre a eu raison avant tous les autres, sans qu'on ait accepté, durant ce mandat, de l'écouter comme il le méritait. Je veux en donner trois exemples, d'importance croissante :

 

le bouclier fiscal 

Hervé Morin l'a redit à Agen : cette initiative a été une réponse malheureuse et maladroite à une vraie question, celle des plus hauts revenus et des plus gros patrimoines en France. En dénonçant cette initiative, le Nouveau Centre a eu raison avant les autres : au final, non seulement cette mesure n'a rien changé mais elle a, au contraire, abouti à renforcer les inégalités de traitement fiscal des plus gros contribuables. Avec ce bouclier, on est arrivé à un système dans lequel les plus grosses fortunes paient proportionnellement infiniment moins d'impôts que vous ou moi... ! Grotesque et injuste dans des temps où l'effort demandé aux Français va s'accentuant. Finalement, faute d'avoir entendu le Centre, la majorité présidentielle en est réduite à détricoter discrètement sa mesure "phare"...  Belle réussite !

 

la dette publique

Pour le coup, ça fait 15 ans que les Centristes tirent la sonnette d'alarme. A chaque fois, à chaque débat budgétaire, à chaque élection. Nous n'avons eu pour tout retour que des railleries. Quand les autres pays réagissaient et corrigeaient le tir dans la durée, nous préférions continuer à faire jouer l'orchestre du Titanic. Résultat : il nous faut corriger le tir maintenant, après tous les autres, dans des temps économiques marqués par la crise. Stupide d'aveuglement...

 

la fédération européenne

A chaque étape de la construction de l'Union européenne, nous affirmons toujours la même chose : il ne sert à rien de mettre en place des objectifs communs, des règles communes, si nous ne pilotons pas ensemble, si nous n'harmonisons pas nos politiques économiques, fiscales et sociales. C'est un débat de fond entre ceux qui ne voient dans l'Europe qu'un grand marché (les libéraux de tous poils, de droite et de gauche) et ceux qui voient dans l'Union un espace politique qui est notre seul espoir de peser, demain, face aux pays émergents et de préserver notre modèle d'organisation sociale et économique.

 

Là encore, on nous a, à chaque fois, renvoyés à nos "doux rêves" de centristes... jusqu'à ce que la réalité nous rattrape : la crise sévère qui nous frappe montre bien que nous avons besoin de mettre en commun nos politiques au lieu de nous bercer d'illusion sur notre "indépendance" perdue. Ce n'est qu'au pied du mur, dans le moment le moins approprié que, finalement, Alain Juppé ose désormais évoquer le mot de "fédération" ! Quel gâchis que la France n'ait pas su utiliser sa présidence tournante de l'Union pour faire progresser ce changement incontournable...

 

Trois exemples, pris parmi d'autres... Aurait-il fallu, sur ces questions, quitter la majorité présidentielle comme me le suggèrent certains amis UMP, qui reconnaissent par là même que les centristes ont été... des alliés loyaux ? Curieuse contorsion intellectuelle...

 

Le centre, plus que jamais légitime dans cette élection présidentielle

 

Dans un tel contexte, la candidature d'Hervé Morin à l'élection présidentielle est donc d'abord la décision légitime d'une famille de pensée à qui nul ne peut opposer je-ne-sais-quelle-ardente-obligation-supérieure : au nom de quoi contesterait-on à une formation politique le droit d'être présente dans cette élection pivot de notre vie politique ? 

 

Dans ce débat, le centre est légitime à s'exprimer, à porter ses solutions, comme il l'a fait lors des précédentes élections présidentielles. Il est particulièrement légitime, faute d'avoir été entendu durant cette mandature qui s'achève et au cours de laquelle le Nouveau Centre a été, malgré tout ça, un partenaire loyal.

 

D'autant plus légitime que, contrairement à François Bayrou qui compte s'en remettre aux hasards du 1er tour, Hervé Morin, lui, annonce clairement dans quelle alliance de second tour il s'inscrit. Nul doute que s'il cultivait lui aussi l'ambigüité sur ce point, son score annoncé serait meilleur. Mais les centristes, même malmenés au sein de la majorité présidentielle, demeurent fidèles à leurs idéaux, à leurs engagements et à leurs alliés.

 

La campagne qui va s'ouvrir réservera, à coup sûr, quelques surprises. Le centre pourrait être une de celles-là.

Par Bernard LUSSET - Publié dans : on en parle partout
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Mardi 3 janvier 2012 2 03 /01 /Jan /2012 12:00

"Mon père pensait que plus on acquiert de pouvoir, plus on s'élève vers le sommet, plus on s'approche du mal, de Satan. Je pense encore comme lui. De plus en plus. J'ai d'ailleurs toujours refusé toute once de pouvoir. »

 

Cette phrase a été prononcée par Michel Serres dans un entretien publié le 29 décembre dans la presse locale. Elle m'a fait bondir ! Et pourtant, Dieu sait l'estime, le respect et la considération que je porte à Michel Serres.

 

Alors, j'ai pris ma plume pour dire à Michel Serres que, malgré ma gratitude de le voir une fois de plus afficher avec fierté dans cet article ses racines agenaises et de porter ainsi au plus haut nos couleurs, sa vision du pouvoir et de ceux qui l'exercent me semblait contestable. Et j'ai posé à Michel Serres deux questions :

 

1. à refuser toute once de pouvoir, ne prend-on le risque de l'abandonner à des hommes moins bien inspirés ?
2. à accepter le pouvoir, si petit soit-il, comment se tenir éloigné de Satan ?

 

Je veux partager avec vous ces deux questions :

 

1. Faut-il renoncer au pouvoir au motif qu'il corrompt nécessairement ceux qui l'exercent ?

 

Depuis les Grecs anciens, depuis Montesquieu, mais aussi dans l'étude des tribus les plus reculées d'Afrique ou d'Amérique du Sud, on sait qu'il n'existe pas de société sans pouvoir. Certes, le génie humain a su inventer mille et une formes différentes de pouvoir. J'ai même reçu récemment dans ma boite mail un appel des "Clérocrates", dont l'ambition est de désigner nos responsables politiques... par tirage au sort !

 

Le pouvoir est clairement un des marqueurs de toute société organisée. Renoncer au pouvoir revient par conséquent à le laisser à d'autres. Cette démarche peut être, en soi, très respectable : l'exercice du pouvoir nécessite des caractéristiques particulières (à commencer par la conviction de pouvoir être sinon meilleur, du moins mieux placé que d'autres) dont nul n'est sommé d'être le porteur. Mais y renoncer d'emblée au seul motif qu'il corrompt revient, me semble-t-il, à pratiquer la politique de l'autruche : "cachez ce sein que je ne saurais voir..."

 

J'ajoute que poser cette affirmation à la veille d'élections présidentielle et législatives est un formidable contre-signal adressé aux électeurs qui devraient, du même coup, se détourner de ce rendez-vous démocratique ? Je n'ose imaginer que Michel Serres puisse réellement espérer cela.

 

2. Une fois au pouvoir, comment s'éloigner de Satan ? Ou, dit autrement, comment conserver sa fraicheur originelle, son altruisme, son envie d'agir au mieux pour autrui ?

 

Là est, évidemment, la vraie question posée par Michel Serres. Et, en cela, il a raison : le pouvoir change les hommes. Incontestablement. Mais cette affirmation mérite d'aller plus loin.

 

A l'exercice du pouvoir, les hommes se révèlent souvent car c'est un exercice où la dissimulation est quasiment impossible sur le long terme. Un élu est un citoyen qui fait un pas en avant, qui s'expose au regard des autres. Impossible de se cacher dans de telles circonstances : tôt ou tard, le "vernis" craque et les qualités -et les défauts- intrinsèques apparaissent en plein jour, particulièrement dans ces temps où l'information vient de partout et où le moindre portable anonyme peut, en quelques secondes, donner une dimension d'éternité et d'universalité à ce qui ne fut pourtant qu'un instant ou qu'un mot dans votre vie privée.

 

Avec ses bons et ses mauvais côtés, l'engagement public est donc une "mise à nu" comme peu de fonctions l'imposent.

 

Le pouvoir change-t-il les hommes ? Oui, et c'est une des raisons pour lesquelles je crois utile de limiter non pas seulement le nombre de mandats cumulables, mais aussi la durée de l'exercice d'un mandat : fatalement, après le temps de l'apprentissage, vient le moment où ayant vécu 1000 fois la même situation, ayant entendu 10 000 fois le même raisonnement, les oreilles se referment, faisant courir le risque de passer à côté de l'essentiel. Le vrai risque du pouvoir est bien celui de l'isolement, de la tour d'ivoire, de la distance et les conséquences qu'ils peuvent entrainer. Sans même parler des autres travers qui peuvent naître d'une trop longue exposition à l'exercice du pouvoir.

 

Mais, pour être honnête et porter un regard lucide, il faut aussi dire que l'exercice du pouvoir consiste à entendre les autres, à se préoccuper d'eux, à tenter de trouver avec eux et pour eux des solutions aux questions collectives et individuelles qui se posent. Il ne faut pas exclure a priori que cet exercice-là, s'il change les hommes, puisse les changer en bien : combien d'élus, locaux et nationaux, se sont bâtis une stature, une reconnaissance publique du fait même de leur engagement au service de leurs concitoyens ? 

 

En tout cas, je pense qu'il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain :

 

François Mitterrand a-t-il été un Président irréprochable ? Le mot me semblerait fort... mais il reste, entre autres, celui qui a abolit la peine de mort et ouvert le chantier de la décentralisation.

Son successeur a l'Elysée, Jacques Chirac, n'en finit pas de voir son parcours public disséqué par les tribunaux, mais faut-il, pour autant, jeter aux orties la voix forte qu'il fit entendre face aux Américains lors de la guerre en Irak ?

Faut-il ne retenir d'Alain Juppé que son parcours expiatoire qui le mena assez injustement jusqu'au Canada ou bien la formidable transformation de Bordeaux mérite-t-elle d'être portée à son crédit ?

 

Homme politique ou académicien, élu local ou professeur : nul n'échappe au verdict de ses compatriotes ni de l'histoire. Que nous le voulions ou non, nos parcours, qui comportent tous leur lot d'influence sinon de pouvoir, sont des chemins d'hésitations, de rendez-vous manqués, d'erreurs de jugements et pourtant, ils portent aussi leur part de lumières, de défis relevés, d'heureuses réussites. L'exercice du pouvoir n'est rien d'autre qu'un simple parcours d'homme.

 

Et pour finir sur une image qui nous réunira, je dirai à Michel Serres que le rugby lui-même, malgré ses règles et malgré ses valeurs, comporte lui aussi ses instants d'égarement, d'oubli de soi qui peuvent transformer une belle aventure collective en un échec retentissant.

 

Et pourtant, nous continuons à l'aimer passionnément...

 

Par Bernard LUSSET - Publié dans : on en parle partout
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