Européennes : et maintenant ?

Publié le par Bernard LUSSET

D'abord les faits, au lendemain de ces élections européennes :

  • une abstention massive, qui fait des abstentionnistes le premier parti de France.
  • un Front national largement en tête qui obtient à lui seul 24 des 74 sièges de députés français au parlement européen
  • une nouvelle déroute électorale pour le PS, qui pose bien des questions
  • un trop maigre score pour les listes UDI-Modem, seule liste ouvertement européenne dans cette élection

Ensuite les leçons à tirer.

Une abstention massive

Comme le montre le graphique ci-dessous, les élections européennes sont coutumières d'une abstention forte (les chiffres sont d'ailleurs identiques dans toute l'Union). On pouvait, en 1979, évoquer un scrutin nouveau qui déroutait les électeurs ; 35 ans plus tard, c'est bien la construction européenne elle-même, telle qu'elle est menée et expliquée, qui ne mobilise pas les électeurs.

Pour un centriste européen comme moi, c'est un crève-cœur de le reconnaître. Et pourtant, je n'en suis pas surpris : d'abord parce que l'idée d'une construction commune, d'un partage avec d'autres, ne peut être acceptée qu'à l'issue d'un vrai travail d'explication, qui n'a jamais vraiment eu lieu. Et ensuite, parce que l'Europe fait figure d'un bouc émissaire parfait pour les responsables politiques en manque de courage. Et enfin parce que l'Europe n'est pas parfaite, loin s'en faut.

Comment s'étonner ensuite qu'au moment de voter, les électeurs marquent leur opposition ?

Européennes : et maintenant ?

Le FN veut exercer le pouvoir

Vraie rupture entre la fille et le père, Marine le Pen veut sortir le FN de son rôle contestataire pour lui faire exercer le pouvoir. Et elle s'en donne les moyens.

Il serait temps que dans les plus hautes sphères intellectuelles, on cesse de se caresser les neurones au sujet du FN et qu'on ouvre enfin les yeux sur des réalités qui n'étonnent plus personne sur le terrain, dans les quartiers ou dans les campagnes : le FN est devenu le vote-refuge de tous les laissés pour compte de la politique, droite et gauche confondus.

Au moment où les repères traditionnels s'effondrent (et là, franchement, le PS au pouvoir est champion, comme toujours, pour mener les combats les plus inutiles et les plus clivants), le vote FN n'est pas seulement un vote de protestation : c'est un vote de refus assumé et il serait temps que cela soit compris.

Le PS en-dessous de la ligne de flottaison

En 30 ans de militantisme, je n'ai pas le souvenir d'avoir vu le principal parti de gouvernement à ce point humilié dans un scrutin. Comment ne pas comprendre que le Président de la République est le premier responsable de cette affaire ? Lâché par ses propres troupes, jamais considéré par ses adversaires, Hollande est aujourd'hui la cible de ce désaveu électoral cinglant.

Comment peut-il seulement espérer mener les réformes qui s'imposent avec une assise politique aussi réduite ? Ce qui pose la question des suites politiques à donner à ce scrutin.

Les europhiles inaudibles

Pour mon parti l'UDI, ce scrutin n'est pas non plus une grande réussite. Nous retrouvons le -maigre- score de la dernière fois alors que nous étions l'une des rares formations politiques à avoir un véritable programme de mandat européen. Certes, le retrait contraint de Jean-Louis Borloo n'a pas aidé nos candidats. Certes, le fait d'afficher avec force nos convictions européistes n'a pas été un atout dans un concept d'euroscepticisme généralisé. Mais, au final, je suis déçu de ce résultat.

Malgré l'implication exceptionnelle de ma collègue Muriel Boulmier dans une ardente campagne de terrain, tout dans cette campagne renvoyait à quelques slogans nationaux au milieu desquels le nôtre "Faites l'Europe !" s'est heurté à un scepticisme ambiant qui aura finalement été le plus fort.

Il faudrait enfin ajouter que nos cousins de l'UMP, avec des choix de têtes de liste pour le moins contestables et une image nationale considérablement dégradée, ne sont pas parvenus, eux non plus, à incarner une alternative politique crédible. Pourtant, comme le rappelait justement Alain Juppé dès dimanche soir, UMP et UDI rassemblés pèsent plus que le FN.

Et maintenant ?

Le sort de l'Union européenne est scellé pour 5 ans et on verra vite quelle ligne politique est suivie à Bruxelles. Manifestement, (voir les résultats en Europe) une alliance droite-centre est possible pour orienter la politique européenne au parlement. Le parlement saura-t-il peser sur les choix à venir ? A suivre.

En France, je ne peux m'empêcher de penser à la formule célèbre de Raymond Barre : il ne peut y avoir de recomposition politique sans, au préalable, la décomposition. Pour la décomposition, je crois que, cette fois-ci, nous y sommes, droite et gauche confondus !

Que fera François Hollande de ce constat ? J'ai renoncé, depuis longtemps, à comprendre cet homme dont l'habileté tactique dans la conquête du pouvoir ne suffit pas à lui permettre de l'exercer vraiment. Faut-il encore attendre quelque chose de lui ?

Sans doute l'UDI, en cours de reconstruction post-Borloo, et l'UMP ont-elles compris la nécessité de construire ensemble une alliance non cannibale, capable de proposer une alternative crédible : il va falloir faire un sacré ménage dans les hommes, les pratiques et les idées...

Sinon, la montée du FN pourrait s'avérer inexorable. Chacun de nous est désormais comptable de l'avenir, à commencer par les électeurs du FN eux-mêmes, qui ne peuvent s'exonérer de céder aussi facilement à des thèses aussi populistes.

Les citoyens ne sont pas dispensés du devoir de réfléchir.

Publié dans on en parle partout

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