Karaoké d'estrade

Publié le par Bernard LUSSET

A l'opposé de bien de mes amis, je n'éprouve pas d'aversion particulière à l'égard de Christiane Taubira. Il y a chez elle un côté rebelle, anti-conformiste dans un univers médiatique parisien hyper-aseptisé, qui n'est pas pour me déplaire... Mais quoi qu'il en soit, je suis fatigué de la voir désignée à la vindicte populaire dès qu'elle prononce un mot de trop. La dernière histoire en date n'est, à mes yeux, qu'un nouvel avatar de cette intolérance qui m'énerve.

Que reproche-t-on à Ch. Taubira ? D'abord de ne pas avoir chanté la Marseillaise lors d'une manifestation de commémoration de l'esclavage et, ensuite, de s'en être expliquée en disant qu'elle préférait écouter la soliste qui chantait (très bien) l'hymne plutôt que d'ajouter ses propres fausses notes à un "karaoké d'estrade".

L'expression est, en effet, malheureuse, pour le moins. Mais, à bien y réfléchir, est-ce se moquer de l'hymne national et de ce qu'il représente que de se moquer de ceux qui l'entonnent ? Quant à chanter soi-même l'hymne, je n'aime guère faire ça, moi non plus, compte-tenu de mes piètres qualités de chanteur : suis-je pour autant un adversaire de la patrie ? Les rygbymen ou les footeux qui, eux aussi, assistent muets parfois à cet hymne, sont-ils, eux aussi, des ennemis de l'intérieur ? Tout ça est ridicule.

Pour un mot, pour un symbole, la petite société parisienne est capable de s'enflammer, de demander des têtes : on est pas loin du point Godwin... Que viennent faire les responsables politiques dans cette agitation permanente ? A mon avis, rien de bien.

Que Christiane Taubira conduise une politique pénale angélique ravageuse me semble être autrement plus grave et justifierait bien davantage qu'on réclame sinon sa démission, du moins l'inflexion de sa politique.

Mais c'est sans doute trop peu médiatique pour qu'on en parle.

Photo NouvelObs Jacques Brinon/AP/SIPA

Photo NouvelObs Jacques Brinon/AP/SIPA

Publié dans on en parle partout

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