Réforme territoriale : le rendez-vous raté

Publié le par Bernard LUSSET

Au départ, une bonne idée

Europe, Etat, régions, départements, intercommunalités et communes : 6 échelons de gouvernance, aux compétences peu claires, et sans moyens sérieux. Le pays est prêt, je le crois, à une réforme de ce mille-feuilles. Sera-t-elle aisée ? Non : il y a derrière chaque strate des attachements culturels, des habitudes, des gens qui travaillent et chacun s'imagine plus central et essentiel qu'il ne l'est vraiment.

mais une mauvaise méthode

A chaque fois que l'Etat jacobin se mêle seul de découpage territorial, il se trompe. Je veux bien entendre la nécessité d'une vision d'ensemble et d'équilibre entre les territoires. Mais de là à faire l'impasse sur le débat local. Les présidents de région eux-mêmes, dans cette méthode, se sont privés d'un soutien populaire qui aurait pu leur être utile contre certains des découpages contre-nature publiés ce lundi soir par l'Elysée.

Il faut souligner enfin que quelques minutes seulement avant la diffusion du communiqué, le nombre des régions était encore incertain : les arbitrages entre copains du pouvoir se poursuivis jusqu'à la dernière minute. C'est dire la qualité de la réflexion.

qui ne pouvait aboutir qu'à un mauvais résultat

L'accueil enthousiaste réservé au redécoupage présidentiel est édifiant : je souhaite bien du plaisir aux prochaines régionales aux candidats qui auront soutenu ce projet ! Y en aura-t-il seulement ? Pas sûr... Dans son extraordinaire talent à transformer en plomb tout l'or qu'il touche, François Hollande a sans doute réussi aujourd'hui à ressuciter les Jacqueries : joli résultat.

Réforme territoriale : le rendez-vous raté

Et l'Aquitaine dans tout ça ?

Notre région fait partie des régions "préservées" ou, pour être plus juste, confinées dans le statut quo. Jusqu'à ce qu'elle accueille quelques départements charentais sécessionistes sans doute.

Nous sommes passés à côté d'une fusion avec le Limousin : rendons grâce au bel esprit qui, Faubourg Saint Honoré, a compris l'énormité de la sottise pourtant annoncée. A moins que nous ne devions ce rattrapage in extremis aux exigences de Ségolène Royal ? Grâce lui soit rendue dans ce cas !

Plus sérieusement, l'Aquitaine, une fois de plus, se trouve à l'écart des mouvement de ce monde. Que mes amis bordelais se rassurent : les voilà confortés dans leur quant-à-soi auquel ils tiennent tant, à l'abri de toute liaison inappropriée avec les Toulousains qui, de toutes façons, ne voulaient pas d'eux non plus. Que pourrait-on faire avec des Toulousains ?!

Quant à l'Aquitaine intérieure, du Béarn au Périgord, des Landes au Lot-et-Garonne, elle demeurera "El Desdichada", cette contrée si délicieuse à visiter les dimanches d'automne. Avant de regagner Bordeaux !

Pas la fin de l'histoire

Je n'ai pas le tempérament joueur mais, pourtant, je parierais volontiers un bon repas que l'histoire de cette "réforme" ne s'arrêtera pas à cette carte. Il suffit de lire les réactions venues de partout pour comprendre que le législateur et les exécutifs régionaux vont faire de la charpie de ce projet. Tant mieux !

Quant à moi, je regarde avec intérêt l'union promise de nos cousins toulousains avec leurs voisins catalans. S'ils savent dépasser leurs réticences réciproques (pas sûr...) ils ont entre les mains un bien bel outil de développement de leur territoire. Je les envie.

Faut-il abandonner pour autant le rêve de la région Sud Ouest ? Face à n'importe quel autre Président, je répondrais oui, après de telles annonces officielles, carte à l'appui. Mais avec François Hollande, il faut s'attendre à tous les revirements et tous les rebondissements : comme me le rappelait hier un honorable et prometteur twittos qui se reconnaîtra : "Le doute amène l'examen et l'examen la vérité". Pourvu qu'Hollande doute !

En attendant l'avènement de ce doute et, peut-être de cette vérité, signez ici et faites signer la pétition pour la région Sud Ouest !  On ne sait jamais : sur un malentendu...

Publié dans on en parle partout

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arouvic 06/06/2014 22:04

Oui il faut cesser avec ce jacobinisme d'un autre âge. Oui il y en a marre de ces élites qui ont une vision très théorique et parisienne de la France. Néanmoins la fusion de l'Aquitaine et de Midi Pyrénées serait également d'une grande absurdité. En effet, qu'on à voir l'Aveyron, le Tarn, l'Ariège avec le bassin de la basse Garonne ? Rien. Le sud Aveyron est à 1/2h de Montpellier et 45 mn de Nimes ; à plus de 5 heures de Bordeaux. Quel est le bassin économique le plus logique ? L'Ariège orientale (Haute Ariège et Pays d'Olmes est à 1h de Perpignan, 2h30 Barcelone et 4h30 de Bordeaux !!! Ne faudrait-il pas plutôt "éclater" les régions actuelles et redécouper de manière logique en raisonnant bassin économique ? Cetains départements n'ont aucune réalité culturelle, historique ou climatique (l'Ariège est découpée en 3 zones claires, le sud de la Haute Garonne n'est pas plus lié au 65 e tau Couserans qu'à Toulouse ; les enclaves départementales comme Valréas, morceau du Vaucluse au coeur de la Drome ne sont elles pas archaïques ?) Bref je pense que la fusion MP/Aquitaine est tout aussi stupide que le projet actuel. Quant aux partisans de cette fusion qui assimilent Toulouse à la basse et à la moyenne Garonne je voudrais rappeler que déjà au Moyen Age Toulouse n'était pas tournée vers l'Atlantique mais vers la Méditerranée et qu'alors le comté de Toulouse s'étendait jusqu'à Carpentras puisque le Comtat Venaissin était toulousain. Certes c'est très très loin, mais l'histoires'est aussi bâtie sur un certain nombre d'évidences géographiques, culturelles...

Commentateur 04/06/2014 11:47

Rousset sur France Culture a demandé l'entrée du Gers et des Hautes-Pyrénées dans l'Aquitaine. Je suppose qu'il en sera de même pour les Charentes.

On voit comment Rousset a finement manœuvré : il a laissé Toulouse s'allier avec un poids mort méditerranéen à la sociologie politique droitière pour venir en 2ème semaine réclamer les démembrements de départements qui se sentiraient mal à l'aise dans des ensembles trop vastes.

C'est brillant, sauf que Valls a dit, pas touche aux anciens blocs régionaux.

Commentateur 06/06/2014 20:23

A rien. A faire montre de talent politicien. Ce qui est vain. Il a sauvé son jouet. Qu'il pourrait perdre aux futures régionales.

Il sème la zizanie dans l'espace picto-charentais en jouant sur l'attrait de la métropole bordelaise. Quel intérêt auraient Cognac ou Saintes à devenir des banlieues-dortoir de Bordeaux ? Rousset sait que les Charentes sont un espace un peu atone politiquement, l'annexion serait facile, d'autant plus qu'il joue sur les ambitions d'un Bussereau.

Quel dommage alors que l'espace de Poitou-Charentes est cohérent, d'un point de vue humain et économique (avec la Vendée) ...

Parallèlement, Rousset manœuvre pour le Gers et les Hautes-Pyrénées, oui, s'il y avait bien deux départements en MP qui regardaient vers l'Aquitaine administrative, c'est eux, ainsi que la carte du Monde le prouve :

http://transports.blog.lemonde.fr/2014/06/05/regionator-la-carte-de-france-dessinee-par-les-trajets-quotidiens/

Mais Rousset pense-t-il vraiment que 4 décennies d'intimité avec Toulouse s'évaporent de la sorte ? Alors même qu'une 2x2 voies est en construction entre Auch et Toulouse. Que l'A65 est hors de prix encore et que la route Aire-Tarbes n'est pas configurée ?

Bref, les résultats de Rousset, c'est une Aquitaine qui ne peut pas nouer les liens nécessaires avec son espace naturel autour du bassin aquitain, pour préserver les intérêts d'une grande ville qui ne produit rien (Bordeaux), qui se contente d'exporter du vin et les productions des campagnes environnantes.

Le PIB aquitain, ce n'est certainement pas que Bordeaux.

Nicolas Laurent 06/06/2014 10:00

Et Agen dans tout ça .......?

Bernard LUSSET 04/06/2014 21:03

Alain Rousset est, en effet, un homme intelligent et habile. Question : a quoi servent l'intelligence et l'habileté si elles sont mises au service d'une mauvaise cause ? C'est bien ce que je lui reproche...

Nicolas 03/06/2014 09:45

"Lettre ouverte à monsieur le maire d'Agen ( ne laissez pas passer le train ...)



Cher monsieur le maire ,

il est urgent que vous preniez la tête des gens de bonne volonté , pour contrer l'hégémonie parisienne en matière de redécoupage de la carte des régions , ainsi que le diktat , non démocratique , qui en découle.

Il faut en finir avec le jacobinisme forcené d'une élite républicaine retranchée

dérrière des analyses "hors sol", en redonnant la parole au peuple des provinces , naguère sacrifiées sur l'hotel de la révolution.

Vous devez être celui qui , défendant l'interêt d'Agen et de l'Agenais , propose d'unir les forces de la Guyenne et de la Gascogne , en revendiquant pour notre ville le titre de capitale administrative de la future région , nait de la fuison entre l'Aquitaine et Midi - Pyrénées .

Tout plaide en faveur de ce rapprochement naturel : un passé commun ( depuis les romains ) , une géographie partagée ( la Garonne et les Pyrénées ) et une industrie de pointe ( l'aéronautique) ...

La position médiane d'Agen en fait une capitale naturelle et permettrait d'enterrer définitivement les rivalités des deux métropoles soeurs que sont : Bordeaux et Toulouse.

Jean François Poncet avait oeuvré , en son temps, à l'émergence de la "moyenne Garonne" ...en faisant d'Agen son centre de gravité .

C'est à vous maintenant de reprendre le flambeau ; soyez celui qui rendra ce rêve possible!

Ne laissez pas passer le train de l'histoire !

Vous en avez l'envergure et les qualités nécessaires !

Cordialement

Laurent Nicolas."

Bernard LUSSET 03/06/2014 10:24

Je transmettrai votre supplique au Maire... Il y a beaucoup de vrai dans ce que vous dites, même si chacun voit midi à sa porte. En tout cas, émerge ce matin une idée : celle de ne pas laisser les villes de Gascogne prisonnières de l'antagonisme entre Bordeaux et Toulouse. A suivre...

Vincent Poudampa 03/06/2014 00:47

Bordeaux et Toulouse sont clairement les ennemies d'un projet naturel et cohérent.

La solution, c'est métropoliser ces deux entités : accepter qu'elles ont développé leur propre univers, qu'elles rayonnent au-delà de leurs anciennes limites traditionnelles. Bref, en faire des villes-État, comme en Allemagne, avec lesquelles les entités aux alentours négocieraient des accords, notamment en termes d'infrastructures. C'est le cas de Bruxelles en Belgique en somme.

Les ambitions désuètes et ridicules de Bordeaux et Toulouse seraient pleinement satisfaites en leur conférant une indépendance, via une collectivité sui generis. Les autres villes d'Aquitaine et Midi-Pyrénées pourraient enfin renouer des contacts autour de la vallée de la Garonne.

Il faut ajouter que la métropolisation sur des frontières d'agglo permettraient d'éviter l'effroyable étalement urbain à l’œuvre à Bordeaux et Toulouse, qui s'étendent démesurément dans leur campagne environnante à plus de 50km parfois, ce qui rend la gestion des transports impossible, toute réflexion sur l'aménagement urbain difficile, et est à la source d'une sociologie politique naissante (le FN, c'est aussi la civilisation périurbaine qui dépense ses revenus en essence et a rêvé de l'accession à la propriété en lotissement loin des centre-villes). Cela passe par une redensification des villes en question.

Bref, le problème, ce sont bien nos métropoles. En faisant de même pour Nantes, on règlerait de la sorte de la problème breton.

Vincent Poudampa 03/06/2014 11:08

Ce sera pour la prochaine fois, mais ça se prépare maintenant.

Personnellement, en l'état du débat, de la méthode, mon avis est qu'il faudrait ressortir d'urgence le projet de loi de Sarkozy sur la fusion des conseils généraux et régionaux, elle pourrait servir de base pour 10-15 ans. Mais je doute que le président Hollande laisse tomber pareille réforme, pour ne pas arriver sans rien en 2017.

Dans la même période (10-15 ans), on aurait tout le temps de débattre de qui doit faire quoi, sur quelles limites, pour mettre en œuvre une réforme d'ampleur (dont je ne conçois pas qu'elle ne touche pas à la commune, qui me semble l'échelon qui a le plus échoué, soit qu'en milieu rural, elle ne dispose pas des moyens suffisants, soit qu'en milieu urbain, elle a tendance à parasiter la dynamique d'agglomération, et en tout état de cause, parce qu'elle dispose de la compétence urbanistique dont on constate certains dégâts en matière d'aménagement urbain).

Il faut proposer clairement l'exfiltration des métropoles. C'est un terme un peu polémique mais je l'assume. A la manière de ce que fait Lyon en quelque sorte. Les métropoles françaises sont des univers propres, désormais déconnectées de leur environnement immédiat, reliées entre elles par des hubs (LGV, aéroports, ...). Elles sont plus proches les unes avec les autres qu'avec leur département même.

Leurs choix ont cependant trop d'influence dans le sort de tout un réseau de villes moyennes et petites, alors même qu'au fond, c'est cet hinterland méprisé qui fournit la jeunesse estudiantine des métropoles en question, qui va s'y exiler, que ce sont ces campagnes qui font encore, partiellement, la richesse économique desdites villes (elles ne sont pas qu'une donnée foncière à lotissements : Bordeaux sans la vigne des ploucs, ce n'est plus grand chose, Toulouse, sans le tourisme pyrénéen, non plus, et l'Airbus-dépendance n'est pas non plus idéale).

Dans le cas du Sud-Ouest, Bordeaux et Toulouse jouent donc des rôles absolument néfastes, la première préférant s'agrandir territorialement vers le Nord sur les plaines charentaises aux fins de constituer une zone de chalandise un peu nouille, la seconde faisant de même vers l'Est, dans la seule obsession de leur propre lustre (lequel d'ailleurs ? Cela fait rêver devenir banlieue pavillonnaire bordelaise dans le Sud-Charente ? Idem de Toulouse en Lauragais ?).

Il faut prendre au mot ces deux villes et leur conférer une autonomie importante, voire totale. L'on pourrait imaginer alors des conventions qui régissent la relation entre ces métropoles et les départements-régions de leur grande périphérie. Financement des gares, financement des universités, ... Puisque Bordeaux tient tant que ça à regarder vers le grand Nord, elle irait réclamer des sous à un Poitou-Charentes maintenu, on verra bien s'ils donnent si facilement (et surtout dans quelle proportion).

Je crois vraiment à ces métropoles, qui dégageraient des opportunités aux villes qu'elles étouffent jusqu'ici. J'avais cru comprendre que le PS, localement, était en pointe sur la réflexion autour de tout ceci. Je vois que je me suis trompé.

Du reste, on peut questionner l'intérêt de centrer des régions autour de grandes villes. Pour quoi faire ? Pour entériner le fait qu'elles ne sont qu'un instrument à faire passer des LGV ? C'est très bien les LGV mais il ne faut pas oublier le réseau secondaire, une fois de plus, celui des villes moyennes, celui qui est justement en train de se casser la gueule et il suffit de voir les résultats électoraux dans ces villes pour constater le mal-être, économique, social, culturel.

Aquitaine + Midi-Pyrénées, c'est une constellation de villes moyennes en réseau autour de la Garonne et de voies naturelles de communication : en quoi cela fait-il une région moins cohérente ? Quel besoin d'une ville-centre artificiellement placée au centre qui plus est ? C'est là l'esprit français complètement abstrait, loufoque, arbitraire. Au fond, le vrai problème français, c'est notre élite et sa formation, sa relation aux réalités du terrain.

Bernard LUSSET 03/06/2014 10:21

Je partage en tout point votre réflexion qui le semble de bon sens. Hélas, je crois comprendre que le bon sens n'est pas la principale vertu de cette réforme...