Impasse faubourg Saint Honoré

Publié le par Bernard LUSSET

Le plus étonnant dans le gouvernement Valls 2 en cours de constitution, c'est qu'à bien y réfléchir, il ne peut que conduire à une impasse. Il faut pour cela se remémorer ces 2 années de présidence Hollande :

Impasse faubourg Saint Honoré

1. Le malentendu initial : la crise niée

Souvenez-vous de François Hollande nous expliquant, durant la campagne présidentielle, qu'il n'y avait pas de crise et que les difficultés économiques étaient de la seule responsabilité de Sarkozy. C'est faute d'avoir vu la réalité en face que François Hollande s'est cru autorisé à promettre des folies.

Il faudra plusieurs mois après cette élection, autant perdue par Sarkozy que gagnée par Hollande, pour que la vérité toute crue s'impose enfin : nous sommes bien au coeur d'une crise économique majeure.

2. Le contresens

Les premiers mois de Hollande ont été la suite directe de la campagne électorale : rien ne comptait plus que de détricoter soigneusement ce que son précédesseur avait pu entreprendre. Pendant cette période-là, la majorité de gauche a à peu près tenu le coup, n'était l'incapacité personnelle de Jean-Marc Ayrault à maîtriser les quelques égos sur-dimensionnés de son équipe.

Las, durant cette période, les Français, entreprises et ménages, ont été soumis à une telle purge fiscale que le vieil adage "trop d'impôt tue l'impôt" a rapidement révélé sa justesse. Les recettes attendues n'étant pas au rendez-vous du budget et de nos engagements internationaux, il a fallu changer de braquet et s'engager en janvier dernier, dans ce qu'on avait appelé sous Mitterrand (déjà) le "tournant de la rigueur".

3. Après la crise économique, la crise politique

Le parti communiste et le Front de Gauche étaient déjà dans l'opposition sous Ayrault. Les Verts les avaient rejoint au début de l'ère Valls. Voilà qu'une part importante du PS et même le groupusculaire PRG pourraient ne pas soutenir le gouvernement Valls 2.

On comprend d'ailleurs les contestataires : comment pourraient-ils accepter un suicide politique collectif derrière un Président à 17% d'opinions positives, un chômage à plus de 10%, une croissance en berne, des collectivités locales aux abois, etc ? Ils ont raison de dire que c'est le Président de la République qui a changé, et pas eux qui ont gardé en mémoire le fameux discours du Bourget contre la finance.

Et après ?

Le gouvernement Valls 2 n'aura pas de majorité assez forte pour réformer le pays. Il se peut que Valls convainc quelques individualités péchées ici ou là de le rejoindre, mais au-delà du casting, ce gouvernement sera assis sur une assise électorale dérisoire : il ne résistera pas aux vents mauvais qui arrivent.

Il est donc écrit que nous aurons dans les prochains mois une dissolution de l'Assemblée nationale, dernier joker entre les mains du Président avant sa propre démission. Ces législatives verront l'effondrement de la gauche et la montée fulgurante du Front national, sans doute renforcée par le changement de mode de scrutin, si Hollande en a le temps avant.

Une réédition de la cohabitation version 1986.

Laquelle vit, deux ans plus tard, la réélection d'un François Mitterrand vieillissant, rongé par la maladie et dont on ne donnait pourtant pas cher en 1986...

Publié dans on en parle partout

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doumergue 25/08/2014 19:55

Triste état des lieux toujours aussi bien détaillé. Et nous qui ne sommes pas socialistes, nous assistons au déclin de notre Pays par l'incompétence des politiques aux commandes... Comment peut-on mettre en place des gens qui ne sont pas en capacité d'exercer des missions gouvernementales...