Pourquoi Agen souhaite s'engager dans l'accueil de réfugiés

Publié le par Bernard LUSSET

L'annonce de la volonté de la municipalité d'Agen de prendre sa modeste part dans l'accueil de quelques réfugiés suscite un flot de réactions, dont les réseaux sociaux ne sont que la partie visible.

Beaucoup d'Agenais ont salué cette initiative et, pour certains, ont même proposé d'apporter leur aide.

Beaucoup aussi ont, à cette occasion, exprimé sinon leur désaccord du moins leurs interrogations. Et c'est à eux que je veux répondre, non sans avoir invité les uns et les autres à lire (ci-dessous) la chronique que ma collègue Muriel Boulmier a publié dans le Huff Post, chronique dont je partage tous les termes.

Au-delà, je souhaite à la fois préciser ici ce qu'est l'initiative de la Ville d'Agen et répondre aux objections qu'on nous oppose.

La volonté exprimée par la Municipalité d'Agen

La Ville d'Agen, après que sa municipalité en ait longuement débattu, a souhaité se porter volontaire pour accueillir un petit nombre de réfugiés parmi nous. Je précise que nous l'avons fait avant la publication de la fameuse photo de cet enfant sur les plages turques : notre démarche ne cède rien à l'émotion immédiate, que nous savons aussi intense que fugace.

Notre réflexion collective est plus solidement bâtie que ça : nous voulons accueillir ces réfugiés comme une famille accueillerait une autre famille. Les accueillir comme nous aimerions nous-mêmes être accueillis si, sous la pression de la guerre et de ses atrocités, nous devions nous aussi, avec notre famille, quitter notre maison, notre ville, notre pays et tout ce qui va avec.

Les accueillir comme nos parents ou grands-parents auraient aimé être accueillis lorsqu'ils sont arrivés en Lot-et-Garonne, lorsqu'ils s'y sont présentés en provenance d'Alsace, d'Italie, d'Espagne, d'Indochine, d'Afrique du Nord ou d'ailleurs, au gré des nombreuses migrations tragiques qui jalonnent notre histoire et où notre département a su être plutôt accueillant.

Qu'on ne me demande pas plus de précision pour l'instant : nous ne savons pas qui nous accueillerons, et chacun comprendra que les besoins d'une famille avec de jeunes enfants ne seront pas les mêmes que ceux d'un couple seul ou d'une personne âgée. Nous adapterons notre réponse aux besoins. La réunion organisée ce samedi par le Ministre de l'Intérieur et à laquelle je participerai pour le compte de la Ville d'Agen, nous permettra sans doute d'en savoir un peu plus.

Notre engagement est simplement, dans la durée, de créer les conditions pour que cette/ces famille(s) trouve(nt) chez nous un cadre apaisé pour se reconstruire et devenir agenais s'ils le souhaitent.

Réponses aux objections

Face à cette initiative, les objections qui s'expriment sont principalement de trois ordres :

1. Face à la crise économique en France, est-il raisonnable d'accueillir de nouvelles difficultés humaines ? Les moyens mobilisés ne le seront-ils pas au détriment de ceux qui sont déjà dans la peine aujourd'hui chez nous ?

Je passe vite sur les difficultés économiques et sociales de la France : chacun les connait. Les plus fragiles en sont les premières victimes et ceux qui s'en sortaient jusque là se sentent asphixiés par les prélèvements obligatoires. Cette crise économique se transforme même en crise de confiance collective face à notre avenir commun. D'autant que les citoyens ont le sentiment que leurs responsables politiques locaux, nationaux et européens ne sont pas à la hauteur : vous le voyez, je crois être lucide.

Ceci posé, avons-nous les moyens d'aider quelques familles de réfugiés ? La réponse est oui, et cela sans priver quiconque d'aucune des aides actuellement en vigueur. Dire le contraire, c'est mentir aux Agenais. On a certes le droit de juger inopportune l'initiative municipale, mais pas celui de se réfugier derrière cet argument qui n'est pas seulement faux, mais aussi abject.

J'ajoute que, si nos difficultés sont grandes, chez nous au moins les habitants sont logés, les enfants scolarisés, les malades soignés, les esprits et les expressions y sont libres. Dans les pays en guerre que quittent les réfugiés, on bombarde les maisons, on coupe les mains, on lapide et viole les femmes, on vend les fillettes comme esclave sexuel, on assassine pour un mot de travers : pouvons-nous être sourds et aveugles devant ces souffrances endurées ?

2. Ne vaudrait-il pas mieux régler les problèmes en Syrie et en Irak ?

Bien sûr qu'il faut le faire ! Ceci dit, entre la peste Assad et le choléra Daesh, le retour à la paix civile ne sera pas une mince affaire. Nous exprimons tous le souhait d'une action internationale énergique. Mais serions-nous prêts (à supposer que cette solution s'avère utile) à voir nos soldats du 48ème RT d'Agen engagés au péril de leur vie dans les faubourgs d'Alep ? Que chacun y réfléchisse bien.

Quoi qu'il en soit, pendant ce temps qui durera sans doute avant que la paix revienne, les civils continueront de fuir la guerre, comme chacun de nous le ferait avec sa propre famille. Pouvons-nous faire comme si nous ne le voyions pas ?

3. L'accueil des réfugiés ne va-t-il pas créer un appel d'air ?

Depuis des décennies, bien avant la guerre en Irak ou en Syrie, des générations de migrants ont cherché à fuir la pauvreté en rejoignant l'Europe. Les Etats-Unis connaissent le même mouvement en provenance d'Amérique du Sud. Les réfugiés de la guerre ne font que s'ajouter à cette immigration économique ancienne.

Sous l'impulsion de Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne et d'Angela Merkel, les pays d'Europe se sont enfin résolus à prendre le problème à bras-le-corps : désormais, les réfugiés sont accueillis et la distinction s'opère entre, d'une part, les réfugiés de la guerre, éligibles au droit d'asile et répartis dans les différents pays d'Europe et, d'autre part, les migrants économiques qui relèvent, eux, des politiques nationales d'immigration.

Ceux que la Ville d'Agen est prête à accueillir sont bien des réfugiés des pays en guerre, sans autre distinction d'âge, de condition ou de religion.

***

La Municipalité d'Agen s'engage dans une tâche ardue, nous le savons : celle d'accueillir quelques naufragés de la guerre. Cette décision sera soumise à la délibération du Conseil municipal, le 19 septembre prochain.

La difficulté de la tâche nous invite à être modestes dans nos ambitions.

Si la Ville confirme ce choix, elle appellera tous ceux qui se reconnaissent dans ce geste de solidarité à s'inscrire dans cette démarche collective et à venir nous prêter main forte, demain et surtout après-demain, quand les objectifs des caméras regarderont ailleurs : ceux que nous accueilleront auront besoin de l'aide de chacun.

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