La fin d'un règne qui n'a jamais vraiment commencé

Publié le par Bernard LUSSET

Après l'annonce du remaniement, j'ai écouté l'intervention du Président à la télévision. Et, à la fin, je me suis posé cette question : à quoi sert ce remaniement ? Quelle était l'utilité de cet entretien depuis l'Elysée dont les anaphores du candidat Hollande nous avait pourtant promis qu'il serait passé de mode ?

La fin d'un règne qui n'a jamais vraiment commencé

Petits coups et synthèse

Les commentateurs depuis jeudi s'en donnent à cœur joie pour détailler avec délice les mille et un arbitrages de cour et de courants dont ce remaniement est le fruit : isoler davantage un premier Ministre qu'il ne supporte plus, débaucher faute de mieux quelques écolos en rupture de ban avec leur parti, prolonger artificiellement la vie du microcosmique PRG, tout ça pour tenter de masquer au travers de l'illusion d'un grand "rassemblement" l'isolement absolu de François Hollande.

Chirurgie de haute précision ? Même pas : l'arrivée de Jean-Vincent Placé et Jean-Michel Baylet peut-elle être autre chose qu'une pitoyable et assez sordide histoire d'ego et d'arrangements entre amis ? Il est vrai que c'est à coups des mêmes arrangements qu'ici et là, quelques barons socialistes ont survécu aux dernières régionales. Tout est bon pour durer.

Un gouvernement pour quoi faire ?

A 14 mois de la présidentielle, chacun sait qu'il est désormais trop tard pour transformer ce mandat inutile en semblant de réussite. A tout le moins, Hollande aurait-il pu essayer de saisir l'opportunité de ces derniers mois pour initier, enfin, les réformes dont le pays a tant besoin. Mais il aurait fallu pour cela qu'il abandonnât ses prétentions à un second mandat : on a compris jeudi qu'il n'en était rien. La seule mission de ce gouvernement sera donc de durer pour tenter de préparer le prochain mandat d'Hollande.

Au milieu de ce sauve-qui-peut général, de cette affligeante fin de règne qui n'a jamais vraiment débuté, on retrouve l'éternelle cohorte des petits calculs personnels, des stratégies de carrière, des inimitiés de salon ou de promotions d'énarques, de préoccupations alimentaires et de renvoi d'ascenseur. Et dire qu'il nous faut, partagés entre la sidération et l’écœurement, assister à tout ça.

Les grands absents : la France et les Français

Tout entier mobilisé à sa propre survie politique, François Hollande en oublie que son sort personnel et celui de ses nouveaux petits amis de cour nous sont absolument indifférents. Ministres et Président n'ont qu'une mission : s'occuper de nous. Or, on l'a compris, les Français sont sortis depuis longtemps du radar des préoccupations du Président et de ses alliés de circonstance ; y sont-ils apparus seulement une fois depuis 2012 ?

Qu'importent le chômage, le désespoir social, l'impasse pour nos jeunes, des pans entiers de notre économie qui se meurent, une société qui se disloque. Qu'importe tout ça : seuls comptent les petits calculs. Nausée.

Et l'Europe ?

On n'en finirait pas de détailler ici tous les renoncements politiques dont ce gouvernement est le triste reflet. Je veux pourtant en citer un, parmi les importants : l'Europe. Voilà Harlem Désir reconduit dans ses fonctions de Ministre des affaires européennes ! Valls peut bien pointer du doigt les insuffisances de la commission européenne en matière agricole : qui nous représente et défend nos intérêts à Bruxelles ? Qui y porte la voix de la France ? Qui y défend et promeut les attentes des Français ? Harlem Désir.

Tout est dit.

La fin de la gauche

On voit avec Hollande que la gauche dite sociale-libérale a perdu sa boussole dans les couloirs dorés du pouvoir, y abandonnant aussi tout appétit de réforme. Quant à la gauche tradi, la "gauche de la gauche" comme on dit, elle n'a pas vu le monde changer autour d'elle, toute occupée à ses éternels débats éthérés pour un mot, une idée, sans considération du réel et de l'humain. Ajoutez-y les écolos qui ont réussi à dissoudre l'urgence environnementale planétaire dans le pot-au-feu des petits arrangements électoraux.

Ces gauches-là sont devenues tellement égocentrées, tellement inintéressantes, tellement inutiles au fond qu'elles ont dégagé un boulevard dans lequel se sont engouffrés les nouveaux populistes, suivis par quantités de Français déçus, inquiets, amers.

Tout cela place l'actuelle opposition en face d'une redoutable responsabilité : celle de vraiment préparer l'avenir. L'alternance des équipes, seule, n'y suffira pas : il faudra y ajouter celle des idées, des méthodes, des comportements.

Celle aussi du devoir de vérité à l'égard des Français : notre système politique ne survivrait pas à un nouveau naufrage comme celui auquel nous assistons depuis 2012.

Publié dans on en parle partout

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article