Après le congrès des Maires

Publié le par Bernard LUSSET

S'il y a un lieu qui permet de prendre toute la mesure de la diversité à la française, c'est bien le congrès des Maires : s'y mêlent urbains et ruraux, anonymes et célébrités, jeunes et moins jeunes, métropolitains et ultra-marins, droite, centre et gauche. Il se dégage d'un tel rassemblement une puissance formidable qui explique sans doute la confiance et l'intérêt que les électeurs accordent encore à cet échelon démocratique.

Loin de l'image colportée, les élus municipaux sont en permanence dans le mouvement et l'adaptation : les débats sur le foisonnement des communes nouvelles et toutes les formes de collaboration entre collectivités, sur les nouveaux modes de gestion publique, les nouvelles pratiques de démocratie de proximité, le souci d'un développement plus durable, la lutte contre la radicalisation des plus jeunes : tous ces débats ont montré combien, chacun de leur côté, les élus municipaux cherchent leur chemin au service de leurs habitants et de leur territoire. Conservateurs, les élus municipaux ? Sûrement pas.

Si la baisse des dotations a été un sujet central dans les débats du Congrès (voir plus bas), j'ai davantage été marqué par l'exaspération des élus à l'égard des administrations d'Etat. Une exaspération qui touche les élus de tous rangs.

Après le congrès des Maires

Ainsi Valérie Rabaud, rapporteure générale (PS) du budget à l'Assemblée nationale qui nous explique que le Ministère de l'Intérieur ne répond aux demandes de simulations qu'avec des mois de retard, bien après le vote du budget. Résultat : la commission des finances de l'Assemblée nationale procède désormais elle-même à ses propres simulations, avec l'aide d'un cabinet indépendant !

Même exaspération du même orateur expliquant son effarement devant un projet de loi de transposition d'une directive européenne où, vérification faite auprès de Bruxelles, l'administration française a ajouté des couches de contraintes supplémentaires franco-françaises, très au-delà du travail de simple harmonisation voulu par l'Union européenne.

Même sentiment d'incompréhension et de lassitude dans la multitude de témoignages de Maires confrontés dans tous les domaines au mur d'une administration centrale toujours moins ouverte aux réalités de terrain, aux adaptations et, tétanisée par la peur, toujours plus encline à s'en tenir à la lecture la plus restrictive des textes. Si on remplace tous ces gens un jour par des robots, il ne faudra pas qu'ils s'en étonnent...

Même sentiment de colère dans les territoires qui, comme en Lot-et-Garonne, (re)bâtissent leur Plan Local d'Urbanisme intercommunal (PLUi) : le jusqu'au-boutisme des administrations locales, l'aveuglement technocratique des services, la culture du silo qui fait souvent ignorer à l'un ce que le service d'à côté réclame aux élus, la transformation du principe de précaution en théorie paralysante du grand parapluie : tout cela prive les élus des leviers d'action dont ils ont besoin et les contraint à devoir assumer une impopularité qu'ils ne méritent pas.

Que ne fait-on de nos préfets et sous-préfets les véritables "patrons" des services de l'Etat dans leur territoire ?

Plus les élus avancent, et plus les services de l'Etat reculent, souvent regroupés au sein de directions régionales encore plus éloignées du terrain qu'avant : que ne fait-on de nos préfets et sous-préfets les véritables "patrons" des services de l'Etat dans leur territoire ? Même si nous ne sommes pas toujours d'accord avec eux, du moins le dialogue est-il encore possible à ce niveau, à condition qu'on veuille bien ré-ouvrir le champ des expérimentations plutôt que de toujours céder au même vieux réflexe jacobin.

Dans ce contexte, la baisse des dotations d'Etat n'était qu'un sujet parmi d'autres. Si chacun comprend que l'argent public est et demeurera rare, au moins les élus sont-ils fondés à demander à l'Etat de ne pas charger leur barque chaque jour davantage avec des normes excessives et excessivement mises en oeuvre, avec des obligations nouvelles jamais financées et des transferts toujours plus nombreux qui contraignent les collectivités soit à lever l'impôt soit à réduire le service rendu aux habitants ou contraindre leurs investissements.

Oui, ce congrès des Maires était tendu, témoignant de l'exaspération profonde de la première grande armée des quasi-bénévoles de la République que sont les élus locaux. Et ce n'est pas un bon signe.

Publié dans on en parle partout

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