Burkini : et si nous redevenions sérieux ?

Publié le par Bernard LUSSET

Après Nice, nous avons tous compris que d'autres attentats allaient se produire, suscitant chez nous tous une attente forte de protection. En réponse, nous avons eu droit à  une surenchère de propositions qui n'étaient pas toutes ni utiles ni efficaces, et pas toutes non plus à la hauteur de ce qu'on est en droit d'attendre du débat public et de ceux qui le portent. J'ai eu le sentiment que la plupart de nos dirigeants semblent y avoir oublié que le premier devoir d'un responsable politique est faire vivre ensemble, plutôt que d'exacerber des passions inutiles ou de vains débats sur les responsabilités des uns et des autres. Passons...

Mais, à côté de cette attente de sécurité, s'est développé tout un débat où insensiblement, l'islam et ceux qui le pratiquent sont devenus l'objet de tous les fantasmes, de toutes les peurs et de bon nombre de procès. L'affaire des "burkinis" qui déclenche des passions -que dis-je, une hystérie collective- délirantes en est une nouvelle illustration.

Je m'explique :

Je trouve ridicule que des femmes acceptent d'être affublées de tenues vestimentaires qui ressemblent furieusement à celles de nos arrières-grands-mères découvrant les premiers bains de mer au début du XXème siècle. Je comprends que des Maires fassent tout pour essayer d'éviter ça sur leurs plages, d'autant que j'entends beaucoup d'imams expliquer que ces tenues ne sont en rien une obligation religieuse : comment ne pas y voir une forme d'asservissement de la femme, même lorsqu'elle est "librement" acceptée et aussi, une volonté de provocation à l'égard de notre mode de vie occidental ?

Mais, ceci dit, en quoi cette tenue vestimentaire sur les plages porte-t-elle atteinte à notre sécurité publique ? En rien. On a interdit à juste titre le voile intégral masquant le visage dans l'espace public. On refuse partout, à juste titre, que des créneaux spécifiques soient réservés à des femmes dans les lieux publics. Mais voulons-nous pour autant voir le législateur décider des tenues vestimentaires que nous pourrons porter ? Sûrement pas.

Faut-il voir dans ces tenues, comme je l'entends dire ici ou là, une agression manifeste et ostentatoire de ces femmes aux valeurs de la République ? Ne soyons pas naîfs : pour certaines peut-être mais pour la plupart, c'est davantage un poids culturel qu'autre chose. En tout cas, j'y vois moins une agression à l'égard de la République que, par exemple, les ZADistes de Notre Dame des Landes qui s'assoient avec constance sur toutes les décisions de justice, les référendums, etc... depuis des années et qui, jusqu'à ce jour, continuent leur barnum impunément.

De l'autre côté, je souris de voir la cohorte des tenants de la gauche la plus orthodoxe (les Plenel, Filoche et consorts...) pris au piège de leurs propres contradictions : farouchement opposés au fait religieux, partisans jusqu'au-boutistes des libertés individuelles et premiers défenseurs auto-proclamés de l'émancipation des femmes, les voilà en train de défendre la liberté vestimentaire... et le burkini ! Redevenons donc un peu sérieux devant cette histoire et rendons-lui sa juste mesure, car elle est en train de nous rendre tous idiots.

***

Reste un sujet : pourquoi autant de débats sur cette question ? Pourquoi vivons-nous ces comportements individuels au fond assez dérisoires comme des provocations insupportables ? Qu'est-ce qui rend ce burkini inacceptable à nos yeux alors que la tenue des moines, des religieuses ou des rabbins dans l'espace public est un non-évènement ?

Parce que, me semble-t-il, nous ne savons plus bien ni qui nous sommes ni ce qu'est vraiment la France en 2016. Notre excitation collective sur le burkini nous dit que nous avons un sacré problème avec notre identité, comme si nous découvrions brutalement que la France de 2016 ne ressemble plus guère à celle des années 50.

Et, de fait, nous avons tellement fait passer la préservation des libertés individuelles devant toutes les autres considérations, devant tout idéal commun... Nous avons même poussé le bouchon jusqu'à ne plus savoir exactement qui nous sommes puisque nous refusons -à l'inverse de la plupart des autres pays- toute enquête statistique dite «ethnique» ou même religieuse (*).

Nous voilà donc incapables de répondre aux questions les plus simples sur ce que nous sommes, notre identité, nos origines, nos pratiques religieuses, ouvrant grand la boite aux fantasmes sur le "grand remplacement" et autres foutaises. Ridicule situation d’une société tellement perdue et bloquée qu’elle passe son été à disserter sur la tenue vestimentaire de quelques femmes sur quelques plages !

Et comme nous n'en sommes pas à un paradoxe près, beaucoup sont maintenant tentés après ces décennies de laissez-faire et d'individualisme, de passer d'un extrême à l'autre : j'entends désormais parler de lois d'exception, de prisons françaises du type "Guantanamo", d'enfermement de gens "suspectés" d'être dangereux ou même seulement de le devenir. Et que dire des sourires discrets mais gourmands qui ont accompagné chez beaucoup la réaction des Corses après l'incident de Sisco. Oui, nous avons perdu nos repères collectifs.

***

J'espère bien qu'à la faveur de la primaire puis des présidentielles, nous nous choisirons un dirigeant ni revanchard ni nostalgique mais courageux et porteur d'un projet fort : si nous faisons ce choix, alors nous pouvons espérer reconstruire un idéal commun où chacun trouvera sa place. Alain Juppé appelle cela d'une belle expression : "l'identité heureuse" qu'au lieu de brocarder sottement, Sarkozy ferait mieux de rechercher : il n'est pas dispensé de se préoccuper, lui aussi, du devenir commun...

Mais si, au lieu de cela, nous poursuivons sur la voie soit du renoncement, soit de l'enfermement idéologique soit des débats hystériques sur des sujets secondaires, alors inévitablement et inexorablement, d'autres solutions, parmi les pires et les moins efficaces, finiront par s'imposer.

Comment ne pas comprendre ça ?

 

(*) que pourtant rien dans notre droit n'interdit, ainsi que le récent rapport sénatorial d'information sur la place de l'islam en France (voir le rapport) l'a rappelé.

Burkini : et si nous redevenions sérieux ?

Publié dans on en parle partout

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Lafayette 31/08/2016 10:49

Encore une chronique pleine de bon sens.
J ai peu être une ou deux reponses à apporter :
Etant conducteur j ai l occasion d écouter la radio la journée, sur toutes les radios ''d info ̀̀il y a un trop grand nombre de débat portant sur les musulmans, je veux dire que le temps d antenne crée ce fantasme du grand remplacement, si c est pas le halal a l ecole,c est le voile, ou sinon les mosquées ... au fond de moi le burkini je m en fiche, c est pour ca que notre pays est beau chacun est libre de s habiller comme il le veux, mais voilà je me suis surpris a trouvé ca choquant... jusqu'à ce que je me déconnecte de l info. Car regarder bien on enchaîne attentat, mosquée en France, burkini, violence dans les cité, cela ne peu que créer ce ressentiment. Alors je conseillerai de faire c est propre recherche car les médias abuse du biais d autorité.Après il ne s agît pas de jeté un voile (sans mauvais jeu de mots) sur les éventuels questionnements.
Dernièrement je pense qie tous cela reste plus vendeur que l inefficacité de nos gouvernants. ..

Anonyme 26/08/2016 15:46

Débat sur le burkini.

Je rappel l'existence de combinaison de bain (utilisé en plongée, planche à voile, surf...)

https://www.google.fr/search?q=combinaison+de+plongeur&lr=lang_fr&tbs=lr:lang_1fr&prmd=sivn&source=lnms&tbm=isch&sa=X&ved=0ahUKEwjG5srF3t7OAhVBCBoKHcnBCeAQ_AUICCgC&biw=480&bih=727#imgrc=_MDSmx2_8rPAVM%3A