Efficacité et justice : vers 2017

Publié le par Bernard LUSSET

4 mois seulement nous séparent du premier tour de l'élection présidentielle : autant dire presque rien. Si proche, et pourtant si incertaine échéance. C'est que les Français sont partagés entre l'envie d'en finir avec un exécutif incapable de réformer le pays et la crainte de réformes qui viendraient fragiliser leur situation. Oui, les Français hésitent, chacun le sent bien.

Le Pen, Fillon, Macron, Mélenchon et même les candidats à la primaire du PS : tout le monde dit vouloir rompre avec le mandat Hollande, ses indécisions, ses contre-sens, ses petits calculs de boutique, ses mauvais résultats économiques et sociaux, son incapacité à porter la voix de la France en Europe et dans le monde. Le rejet du sortant est si fort et si profond que le Président de la République a même dû renoncer avant de livrer bataille, malgré son envie. Dans le même vent, ont été emportés Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, dans une quasi-indifférence inconcevable il y a seulement quelques mois.

Dans ces circonstances propices aux changements, j'ai peine à croire que la primaire de la gauche, minée à sa base par l'héritage de F. Hollande et les candidatures extérieures de Macron et Mélenchon, puisse autoriser son vainqueur à figurer au second tour de la présidentielle. 15 ans après la débâcle de Lionel Jospin, les mêmes causes produisant les mêmes effets, la gauche pourrait s'exclure d'elle-même du second tour, au profit du Front National, qui submerge dorénavant les digues anciennes qui contenaient ce vote :

  • rejet injustement massif de la classe politique, réduite dans l'esprit commun à un immense ramassis d'ambitions personnelles et de préoccupations de carrière.
  • perte de confiance dans la capacité des politiques à changer concrètement les choses : le pouvoir serait ailleurs.
  • désarroi des "décrocheurs" comme on dit désormais pour ne pas évoquer plus clairement tous ceux qui ne trouvent plus leur juste place, à un titre ou à un autre, au sein de la société.
  • peurs devant les changements qui affectent le monde, notre pays, nos villes et nous-mêmes, sans qu'ils soient nécessairement porteurs de lendemains meilleurs.

Y-a-t-il dans l'esprit de ces possibles électeurs FN le moindre espoir que Marine Le Pen fasse mieux, améliore les choses ? Même pas : le vote FN n'est qu'un cri.

Face au scepticisme ambiant qui balaie tout, François Fillon a une tâche immense : incarner la volonté de réformer et, en même temps, rassurer les Français inquiets des changements à venir. Si son projet de rupture a séduit son coeur d'électorat à droite, sa victoire le 7 mai prochain ne pourra advenir que s'il sait rassembler autour d'une réelle aspiration collective puisant dans sa volonté de réforme mais embarquant avec lui une majorité de Français autour de ses objectifs et de sa méthode.

Et c'est possible : les Français sont prêts aux réformes, bien plus que les medias et les sondages ne le disent : ils sont tous les jours les témoins -quand ils n'en sont pas les premières victimes- de systèmes injustes et absurdes qui courent comme des canards sans tête. Les Français aspirent à voir de nouveau un vrai Président présider vraiment, et un gouvernement solide, solidement gouverner. Ils sont prêts aux efforts qu'on leur promet, dès lors qu'ils auront la certitude que ces efforts seront utiles et justes.

Dans ce rassemblement à construire se trouvent les citoyens, d'où qu'ils viennent et quels qu'ils soient, qui travaillent et/ou donnent de leur temps pour les autres, élèvent des enfants, bâtissent leur maison, préparent leur avenir ou vivent du fruit d'une vie de travail. Ce sont ceux qu'on trouve toujours quand il s'agit de financer la solidarité ou de sanctionner le non respect d'une règle. C'est l'immense cohorte des citoyens qui ne demandent rien d'autre qu'un peu plus d'efficacité de l'action publique et un peu plus de justice, tant ils ont le sentiment aujourd'hui de n'être que les dindons de la farce.

Efficacité et justice : c'est dans cet équilibre-là que se trouve la clé du redémarrage français, de notre économie mais aussi d'un certain espoir dans l'avenir du pays. C'est d'efficacité et de justice dont le pays et les Français ont besoin. C'est cet équilibre -et non pas seulement la rupture- que François Fillon doit incarner, lui vers qui convergent désormais les regards et les questions des Français.

Le net vainqueur de la Primaire doit, pour remporter la Présidentielle et ainsi réformer le pays, quitter les rivages rassurants de son coeur d'électorat et partir à la conquête d'une majorité de Français. C'est une opération difficile qui lui vaudra quelques moqueries et railleries. Mais qu'importe ce qu'en diront les commentateurs, les sondages, les medias et les mauvais coucheurs : François Filon doit s'adresser désormais à tous les Français, désireux d'une alternance efficace et juste. Je suis de ceux-là.

Efficacité et justice : vers 2017

Publié dans on en parle partout

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