A propos du premier tour

Publié le par Bernard LUSSET

Je parcours, intéressé, les réseaux sociaux où les discours enflammés du côté des gagnants succèdent aux diatribes définitives des perdants. Tout ça suscite chez moi quelques remarques tranquilles que je me permets, à mon tour, de déposer là.

La force du verdict populaire

Les citoyens se sont exprimés, librement et en pleine conscience. Ce sont eux qui décident. Les perdants (dont je fais partie) se doivent, a minima, de respecter ce verdict populaire. Il peut y avoir de la déception mais pas de ressentiment. Ou alors, ça signifierait que tous les grands discours sur la démocratie ne vaudraient que si on se situe du côté des vainqueurs. Pas ma vision des choses.

...au second tour, on élimine

Dans notre système électoral, seuls deux candidats peuvent concourir au second tour de la présidentielle : ce sera donc Macron ou Le Pen. Chacun est naturellement libre d'aller à la pêche ce jour-là ou de glisser une carte postale dans l'urne. Mais même cette non-participation est un vote, quoi qu'on en dise. Simplement, il laisse les autres choisir à notre place. Je trouve ça personnellement curieux.

A propos du premier tour
A propos du premier tour

Territoires perdus

Ce qui me frappe dans les résultats du premier tour de la présidentielle, c'est qu'ils décrivent tous la fracture territoriale grandissante entre le coeur des grandes métropoles -qui s'en sortent plutôt bien- et le reste du territoire, villes moyennes et zones rurales et sub-urbaines. Marine Le Pen a été placée en tête des suffrages dimanche dans 19 000 des 36 000 communes de France ! Là, les citoyens majoritairement se sentent délaissés et ne croient plus que la politique peut être une réponse à leurs difficultés : ça me semble être un sujet d'interrogation majeur.

Songez aussi que le cumul des votes [Le Pen + Mélenchon + Abstentionnistes] représente deux Français sur trois. Il faudrait être aveugle pour ne pas percevoir dans ce résultat un cocktail démocratique explosif qui appelle les politiques à ouvrir les yeux et les citoyens à considérer cette élection pour ce qu'elle est : un moment important, peut-être même historique, de notre vie politique.

A propos du premier tour

Le FN qui monte

Premier bénéficiaire de ce sentiment d'abandon : Marine Le Pen qui, bien que derrière Macron, améliore encore le score en voix du FN à la présidentielle. Face à cette progression, il me semble que le temps n'est plus au "front républicain" qui n'a plus grand sens ni aux débats sur le "ni-ni" : d'autant que le FN n'est plus un épouvantail pour beaucoup de Français. Le temps est, plus certainement, à la confrontation des programmes.

Et là, il y a des choses à dire : expliquer, par exemple, un projet de repli identitaire qui peut séduire les plus nostalgiques ou les plus inquiets mais qui serait mortifère pour notre économie, pour le pouvoir d'achat des Français et qui entretiendrait un climat de tension dont le pays n'a franchement pas besoin.

Rien que ça pourrait justifier un vote en faveur de Macron, quelles que soient les réticences que le candidat ou son parcours peuvent susciter.

Second tour : une toute autre élection

J'entends aujourd'hui des électeurs de Fillon, Hamon ou Mélenchon expliquer qu'ils ne peuvent voter le 7 mai pour Macron après en avoir dit tout le mal qu'ils en pensaient. Je comprends leurs interrogations mais je crois qu'ils se trompent de scrutin. Le premier tour est passé et ils se sont exprimés. Le second tour est une toute autre élection à laquelle on peut prendre part sans rien renier de ses convictions mais simplement en faisant sa part de citoyen.

Cette élection présidentielle nous a montré depuis six mois à quelle vitesse les choses évoluent... Que sera l'opinion publique dans 12 jours, à l'issue de cette nouvelle période qui débute ? Quelle campagne les deux protagonistes vont-ils mener ? Quelle influence aura le débat télévisé qui sera organisé ? Bref, ce qui semble impossible ou peu probable sous le coup de l'émotion du premier tour peut s'avérer finalement à portée : il me semble que le temps des paroles définitives n'est pas venu.

L'énigme Macron

Un mot quand même sur Macron lui-même : qui avant lui a réussi sous la Vème République à créer de toutes pièces un mouvement politique et conquérir, un an plus tard, l'Elysée ? Personne ! On peut me raconter ce qu'on veut : le soutien des medias, la bienveillance des grandes entreprises, l'alignement des planètes, la maladresse des adversaires, etc... Macron a, il faut bien le reconnaître, réussi un véritable tour de force, se payant même le luxe d'affirmer ses convictions européennes.

Il y a peut-être une part de chance dans ce parcours dont j'ai, comme beaucoup d'autres et à tort, longtemps pensé qu'il s'apparenterait à celui d'une comète. Mais la chance ne saurait expliquer seule le véritable exploit de Macron. Je ne crois pas davantage aux supposés talents byzantins de Hollande : rappelons-nous que lorsque Macron lance En Marche puis démissionne du gouvernement, Hollande espère alors plus que jamais pouvoir être candidat. L'habileté a montré ses limites...

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