A propos de la mission Spinetta

Publié le par Bernard LUSSET

L'ex-PDG d'Air France-KLM vient de se voir confier la rédaction d'un rapport majeur sur la future politique des transports ferroviaires

L'ex-PDG d'Air France-KLM vient de se voir confier la rédaction d'un rapport majeur sur la future politique des transports ferroviaires

Le Premier Ministre vient de confier à Jean-Cyril Spinetta une mission en vue de "préparer une stratégie d'ensemble pour refondre le modèle du transport ferroviaire".

Au menu des travaux de cette mission figurent la stratégie de desserte, la perspective de l'ouverture du réseau à la concurrence (à partir de 2019), la remise en ordre du modèle économique de la gestion du réseau, structurellement déficitaire.

Quelque chose me frappe dans cette lettre de mission, qu'on pourra lire dans le document ci-dessous : on y parle déficit à résorber, on y parle ouverture à la concurrence, on y parle des métropoles. Mais nulle part n'y figurent ni la mission de service public des transports, ni les Français qui ne résident pas dans des métropoles.

Il ne m'a pas échappé que le transport ferroviaire allait s'ouvrir progressivement à la concurrence à l'horizon des années 2020 et suivantes. On sait depuis longtemps ce qu'il faut en attendre : sans doute une baisse des tarifs mais exclusivement réservée aux lignes -et aux dessertes- les plus rentables. Entendez : les grandes métropoles bénéficieront de l'ouverture à la concurrence, mais pas le reste du territoire.

Il est étonnant que cette disparité future certaine ne fasse pas partie des préoccupations exprimées par le Gouvernement dans cette lettre de mission. Les pouvoirs publics auraient-il abandonné toute ambition d'aménagement du territoire, de désenclavement ferroviaire, d'égalité d'accès au réseau ferroviaire à grande vitesse ? La question mérite d'être posée d'autant qu'on confond là l'exploitation du réseau -dont chacun peut comprendre qu'il doit tendre vers une réduction du déficit- avec la création d'un réseau ferroviaire qui ne peut dépendre, lui, que de la seule intervention publique et prendre en compte, outre des préoccupations économiques, une volonté d'aménagement du territoire.

Si rien n'est fait, il en sera demain des dessertes ferroviaires à grande vitesse comme du réseau internet à haut débit : les grandes villes en sont dotées avant les autres ; du coup, on organise les services publics et privés comme si tout le monde avait accès à la fibre. Mais à Estillac ou ailleurs, on met 1/2 heure à télécharger un fichier d'un méga octets...

Les Assises de la Mobilité qui doivent se dérouler prochainement et qui serviront sans doute de base au texte que le Gouvernement déposera au parlement au premier semestre 2018 doivent prendre en compte cette préoccupation d'aménagement du territoire. Il me semble essentiel que des voix extra-métropolitaines se fassent entendre aujourd'hui pour rappeler que plus d'un Français sur deux -plus d'un contribuable sur deux, donc- n'ont pas moins de droits ni de besoins que les autres en matière de transports.

Publié dans on en parle partout

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