Jupiter tremble

Publié le par Bernard LUSSET

Je n’ai pas plus envie de m'acharner sur Richard Ferrand que je ne l’ai fait sur Fillon, même si je note la différence de traitement judiciaire dans ces deux affaires. Il y a sûrement des subtilités procédurales qui échappent au quidam que je suis… Plus important : la défense mise en avant par le Ministre est peu convaincante.

Elle est même assez scandaleuse. Je m’explique :

Ferrand nous dit : « Pas de faute selon la justice, donc rien à me reprocher. Donc, je reste ». Dit autrement, ça signifierait que la République exemplaire selon En Marche, ce serait juste le respect du droit par les responsables politiques ? Mais ça, c’est simplement la règle commune. Le respect du droit qui s’impose à tous. Dans la République exemplaire, la vraie, les responsables politiques doivent répondre à des standards éthiques supérieurs à la moyenne, pour la simple raison qu’ils sont détenteurs de la confiance de leurs concitoyens. C’est ça, la République exemplaire qu'attendent les Français.

les responsables politiques doivent répondre à des standards éthiques supérieurs à la moyenne, pour la simple raison qu’ils sont détenteurs de la confiance de leurs concitoyens

Alors, c’est vrai que c’est rude : parce que ça signifie qu’un élu ne peut pas s’autoriser pour lui-même ou ses proches certaines facilités qu’il accorde pourtant à n'importe quel citoyen qui le sollicite. Ne pas s'autoriser non plus ce que, dans l’entreprise ou la vie privée, beaucoup se permettent. Oui, c'est rude, mais c'est une des contraintes de la vie publique après des décennies de laisser-faire et d'entre-soi : après tout, on n'est pas obligé de faire de la politique.

Les affaires que Richard Ferrand a montées avec ses ex-compagnes sont peut-être légales mais elles témoignent d’un sens moral particulièrement élastique. Quant à ses émoluments de chargé de mission de la Mutuelle de Bretagne alors qu’il est élu député, en première ligne des débats sur les mutuelles, ça, c’est carrément une faute : lourde, impardonnable, absolument incompatible avec l'exercice d'un mandat public. Balkany et quelques autres sont là pour démontrer qu'il est trop facile de dire, comme le fait Macron : "les électeurs trancheront".

Depuis son élection, le nouveau Président excelle dans sa communication : on nous le présente jupitérien" dans sa traversée nocturne de la cour du Louvre. On nous le montre "broyant" la main de Trump. On nous le met en scène, tenant la dragée haute à Poutine. Mais... au moment de trancher une simple affaire d'exemplarité touchant un de ses proches, Jupiter tremble !

La République s’est peut-être mise « En Marche » mais les petits arrangements entre amis, eux, continuent gentiment. Vous avez dit "moralisation de la vie publique" ?

Jupiter tremble
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