Petit debrief post-campagnes

Publié le par Bernard LUSSET

On prête au philosophe chinois Lao Tseu cette formule : "l'échec est le fondement de la réussite". Vu le nombre d'échecs essuyés au cours de la longue séquence électorale de ces derniers mois (Juppé, Fillon, Dionis en ce qui me concerne), si Lao Tseu a raison, l'avenir nous réserve de belles promesses de réussites...

Face à l'échec en politique, c'est comme dans la vie : on peut s'enivrer de ressentiment. Et on peut essayer de tirer quelques enseignements utiles pour l'avenir. C'est ce que je veux essayer de faire ici à mon niveau, en espérant que ces réflexions pourront être utiles à ceux qui s'engageront demain dans l'action publique.

Je reprends donc ici pêle-mêle quelques arguments entendus durant ces derniers mois ou quelques faits de campagne. Je le fais avec la sincérité du franc-parler dont j'essaie de ne jamais me départir, mais sans aigreur.

Petit debrief post-campagnes

Le peuple a toujours raison

Tout à leur enthousiasme, les partisans d'En Marche ont eu des propos très suffisants dans cette fin de campagne pour ceux qui n'étaient pas montés dans le train Macron, accusés de n'être forcément que des dinosaures de la politique. En son temps, André Laignel (PS) avait eu cette formule : « Vous avez juridiquement tort parce que vous êtes politiquement minoritaires ». Peut-on rappeler ici à quel point ce raisonnement est un peu court, erroné et même profondément dangereux ? Le peuple a-t-il eu raison d'élire Hollande ? Non. Il arrive que le peuple se trompe, ce qui n'enlève rien au fait qu'il est, par bonheur, le seul décideur.

Le peuple a toujours raison (2)

L’onction du suffrage universel vaudrait absolution de toutes les fautes. C’est notamment ce qu’a expliqué Richard Ferrand qui, bien qu’empêtré dans ses multiples affaires immobilières, se considère comme blanchi par sa ré-élection. Comme si le fait que Balkany soit un Maire indéboulonnable suffisait à faire oublier son parcours judiciaire ? L’argument est idiot, quels que soient les militants qui l’utilisent. C'est pas très "monde nouveau", ça... En attendant, trop impliqué pour rester au gouvernement, le voilà bombardé Président de groupe à l'Assemblée...

Le dégagisme

Dehors les anciens, droite et gauche confondus : place aux nouveaux ! J’entends bien qu’une génération nouvelle aspire à accéder aux responsabilités et que la durée en politique crée des habitudes, parfois de l’immobilisme, presque toujours de la lassitude chez les électeurs. Mais quand même : l’idée que l’expérience acquise serait un critère suffisant pour changer les hommes est curieuse : essayez de virer des cockpits les pilotes expérimentés pour voir…

Que diront en 2022 les députés Macron de la société civile qui ont été élus dimanche ? Ils auront abandonné leur activité professionnelle pendant 5 ans et ils découvriront alors qu’il est moins simple d’aller et venir entre politique et vie professionnelle qu’on ne veut bien le dire. Les sortants penseront sans doute que, finalement, la durée en politique, c’est pas si mal. C'est en tout cas ce qu'ils répondront à ceux qui voudront... les dégager à leur tour.

Le dégagisme (2)

Moins s’occuper de soi, de son parti, de son image et de sa réélection pour mieux se concentrer sur la résolution des problèmes quotidiens des Français. La classe politique vouée aux gémonies aurait sans doute mieux résisté au tsunami macronien si elle avait respecté ces quelques principes de bon sens ces dernières années.

Ceci dit, les tweets rageurs des thuriféraires du nouveau pouvoir contre la «vieille politique» ignorent que, parmi ceux qui ont dégagé, il y avait aussi quantité de parlementaires sortants ou de candidats honnêtes, bosseurs et utiles, droite et gauche confondues. Et que ceux-là, dégagés comme les autres, manqueront dans l'océan d'amateurisme béat qui déboule à l'Assemblée, aux ordres de Jupiter.

Jean Dionis

Dans le huis-clos de nos entretiens, j'ai longuement débattu avec Jean Dionis des forces et des faiblesses que représentait sa candidature pour notre territoire, au moment où montait un dégagisme que nous sentions puissant mais dont nous avions sous-estimé l'impact dévastateur.

La qualité de son engagement professionnel politique a été un atout dans sa superbe réélection de Maire d'Agen dès le premier tour en 2014 ; mais ça a été un défaut rédhibitoire aux législatives de 2017. Allez comprendre... Et comme il n'est pas homme à abandonner ses convictions ni sa liberté en échange d'un label électoral, même porteur, sa candidature qui aurait été une formidable chance pour Agen et Nérac n'était finalement pas dans l'air du temps.

Cynisme

D'un côté, Macron a joué du violon (voir ci-dessous) contre les ravages d'un parti dominant, et a plaidé plutôt pour une grande coalition. Dans le même temps, il a organisé la mainmise d'En Marche sur l'Assemblée. Preuve que Macron n'est pas seulement jeune, beau, intelligent, habile et nouveau, mais que c'est aussi un fieffé menteur, capable d'un cynisme rarement égalé. Ce trait de caractère ne mettra pas longtemps à ressortir : j'en fais le pari.

Rectitude des convictions

Ah cette poignée de  militants de droite instruisant sur les réseaux sociaux le procès de Jean Dionis en supposée trahison politique... Les mêmes ont écrit noir sur blanc qu'ils allaient voter au second tour pour le candidat Macron, comme ils reconnaissent l'avoir déjà fait en 2012 pour la candidate PS ! Ces gens déshonorent l'esprit militant et leur formation politique, incapables de dépasser leurs petites inimitiés de cour d'école. Je garde précieusement leurs posts pour m'y référer, si jamais me venait un jour la tentation de devenir aussi con que ça.

L'excessive primauté de la communication

Je suis frappé de la profonde méconnaissance de nos institutions et de leur fonctionnement chez la plupart de nos compatriotes. Tout y est mélangé : local, national, maire, député, ministre, président. Plus personne ne comprend qui fait quoi. Avec l'inversion du calendrier électoral, les arguments de pure forme finissent par l'emporter sur les sujets de fond et la législative n'est plus qu'un troisième tour -écrit d'avance- de la présidentielle, sans considération des qualités intrinsèques des candidats.

On ne mettra pas longtemps à mesurer les ravages démocratiques de cette méconnaissance citoyenne qui entrainera immanquablement la médiocrité de l'action publique. Si nous ne réagissons pas, Le Pen, Mélenchon ou un de leurs clones finiront par accéder au pouvoir. Mieux faire connaître et comprendre les rouages de notre vie politique : voilà un sujet dans lequel je m'investirai avec quelques amis dans les prochains mois.

Publié dans on en parle à Agen

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mf massalaz 25/06/2017 08:08

C'est peu dire que j'approuve chaque mot de ton analyse mais j'aime surtout le paragraphe intitulé "rectitude de nos convictions".

Bernard LUSSET 25/06/2017 17:54

Ca ne m'étonne pas :)