Think global, Act local ?

Publié le par Bernard LUSSET

Les entreprises internationales l’ont appris depuis longtemps, parfois à leurs dépens : les plus grandes et durables réussites sont celles qui intègrent les contraintes et les visions les plus larges mais savent les décliner en fonction des attentes et des besoins locaux.

Dans ma vie personnelle et professionnelle comme dans ma vie d’élu local, je mesure chaque jour à quel point ce mot d’ordre devrait être remis au goût du jour en France, car ce que nous vivons est à l’exact opposé de ce principe : chaque jour un peu plus, les acteurs publics et privés de terrain se voient dépossédés de tout pouvoir, la norme est de plus en plus centralisée et toute demande d’adaptation échappe aux locaux, contraints de faire «remonter» à l’échelon supérieur pour autorisation. Or, plus on s’éloigne du terrain, plus on «remonte» dans la hiérarchie et moins le bon sens prévaut, moins l'utilité d'une adaptation apparait.

La presse locale se faisait l’écho il y a quelques jours de l’exaspération et, finalement, du découragement d’une association locale, illustration parmi d’autres du mal qui nous ronge :

in Journal Sud Ouest, février 2018

in Journal Sud Ouest, février 2018

Chaque jour comme élu, je suis comme l’ensemble de mes collègues confronté à des interlocuteurs administratifs disposant de moins en moins de pouvoir -et d'envie- d’adaptation et même de plus en plus terrorisés à l’idée d’être pris en faute par leur hiérarchie. Nous-mêmes élus locaux sommes producteurs de normes et de règlements et je m’effraie parfois de mesurer nos propres difficultés à prendre en compte telle ou telle spécificité dans la mise en œuvre de nos règles.

Partout, c'est la lettre du texte qui l’emporte sur l’esprit. Partout, la règle a oublié son corollaire sans lequel elle devient insupportable : l’exception. Marié à une enseignante en droit, juriste de formation moi-même, j’ai incité nos trois enfants à s’orienter vers des études de droit. Pas par passion atavique de la matière elle-même mais devant ce simple constat : partout, les juristes ont pris le pouvoir ; il y a donc de l'avenir, je crois, dans ce secteur-là.

Je pourrais décliner ici mille et un exemples de situations rendues kafkaïennes par cet obscurantisme procédural qui s'est emparé de nous. Et je suis sûr que chaque lecteur de ce blog en a autant dans son univers personnel ou professionnel. "La règle est idiote, certes mais c’est la règle !" : voilà le nouveau dogme. En réalité, la règle elle-même est souvent juste et même indispensable mais c'est sa mise en œuvre rigide et contrainte qui la rend la règle absurde.

On sait ce qu'il est advenu du « choc de simplification » qu'on nous avait promis. En théorie, l’administration est désormais obligée, pour chaque règle nouvelle créée, d’en supprimer autant. Nous avons un Conseil Supérieur d’Evaluation des Normes. Le Sénat vient de lancer sa mission BALAI (pour Bureau d’Annulation des Lois Anciennes et Inutiles) ! Pour se rassurer, on peut dire que la prise de conscience progresse. Mais cela n’y suffira pas.

Même réduites en nombre, si les règlementations continuent d’être appliquées de manière aussi centralisée qu’actuellement, alors rien ne changera. Car ce n'est pas tant le nombre des textes qui est en cause que la capacité donnée à ceux qui les appliquent de pouvoir les adapter aux contraintes locales. Or, non seulement nous en sommes loin mais je vois s'opérer un inquiétant mouvement de recentralisation auquel nul n'échappe..

On aurait tort de sous-estimer le raz-le-bol qui partout monte. Il ne peut aboutir qu’à la colère ou pire encore, à la résignation. Je sens monter l'un et l'autre.

Publié dans on en parle partout

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