Liberté, protection, progrès : les vrais enjeux de l'élection européenne

Publié le par Bernard LUSSET

En temps ordinaire, l'Europe n'est pour beaucoup d'entre nous qu'une sorte de "machin" dont nous nous sentons exclus et qu'au mieux nous percevons comme une administration aveugle, lointaine et pénalisante. Et quand, tous les cinq ans, arrive le moment d'élire nos députés au Parlement européen, on tente pendant quelques semaines de nous persuader que l'Europe serait un enjeu absolument majeur pour lequel chacun de nous devrait se mobiliser. Et puis, de nouveau, plus rien après pendant cinq ans.

Il faut ajouter à ce constat que nous ignorons tout de nos députés européens. Non seulement le travail qu'ils font mais même, la plupart du temps, jusqu'à leurs noms. Qui se souvient que Jean-Luc Mélenchon (LFI), après avoir été élu de l'Essonne et avant de l'être à Marseille, était venu se faire élire chez nous dans le Sud Ouest en 2014 (c'est beau l'enracinement politique) ? Qui se rappelle que Louis Aliot (RN) fut lui aussi élu député européen du Sud Ouest avant, comme Mélenchon, de préférer l'exposition médiatique de l'Assemblée nationale en 2017 ? Michèle Alliot-Marie (REP) et José Bové (ECO) également élus chez nous siègent, eux, toujours à Strasbourg. Mais qui a jamais reçu d'eux la moindre information sur le travail qu'ils ont effectué depuis 5 ans en notre nom au Parlement européen ?

Résultat imparable : si près de 8 Français sur 10 élisent leur Président de la République, nous ne sommes plus que 4 sur 10 à voter aux élections européennes, le plus souvent d'ailleurs sur des considérations franco-françaises : un gigantesque -et récurrent- plantage démocratique. Et pendant ce temps, l'Europe se construit, plus ou moins bien, sans nous et dans une quasi-indifférence générale. Je relis à ce sujet avec tristesse ma chronique post-européennes de 2014 : rien n'a changé, on a rien compris.

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En lançant son initiative pour une renaissance européenne, Emmanuel Macron a au moins le mérite de remettre l'Europe, son avenir et le nôtre, au cœur du sujet. Son texte est, pour une fois, suffisamment court pour pouvoir être lu aisément : je vous invite à le faire en suivant le lien en fin de chronique.

Emmanuel Macron y fixe trois priorités d'action pour la période à venir : nos libertés, notre protection et un progrès mieux partagé. Je suis heureux d'y voir associé le devenir du continent africain dont notre propre avenir dépend beaucoup. A cet appel répond le lancement d'un site internet "Renaissance" à l'initiative de LREM et du Modem sur lequel tous ceux qui le souhaitent pourront, comme je viens de le faire, manifester leur soutien à cette initiative européenne.

On peut réagir à l'initiative de Macron de plusieurs manières :

Manoeuvre ? On peut n'y voir qu'une manœuvre élyséenne en vue des élections de la fin mai. Bien sûr que cette préoccupation n'est pas absente de la démarche du Président. Mais franchement, à part un vote FN qui sera (trop) fort comme toujours, Macron n'a pas grand chose à redouter de ses adversaires politiques dans ce scrutin. Et même si on n'aime pas Macron, il faut au moins lui reconnaitre d'avoir, durant la campagne présidentielle de 2017, affiché une volonté européenne forte -comme aucun autre candidat- et de l'avoir réaffirmée dans son discours à la Sorbonne en septembre 2017. Bref, taxer Macron d'opportunisme électoral est un peu court.

AppeI inutile ? On peut refermer cette chronique et se dire que, de toutes façons, tout ça est tellement complexe, que c'est un conclave entre chefs d'Etat qui décidera de tout dans une grande opacité et que signer ou pas un appel sera sans effet. Et, pour faire bonne mesure, aller à la pêche le 26 mai prochain plutôt que d'aller voter. Bref, laisser les autres décider à notre place. C'est ce que la plupart des Français ont fait lors des dernières européennes et s'apprêtent sans doute à refaire cette fois-ci.

Mal placé ? Macron est-il le mieux placé en Europe pour prendre une telle initiative, empêtré qu'il est dans son Grand Débat post-Gilets Jaunes ? Franchement, je le crois : l'Angleterre nous quitte, la Chancelière allemande a entamé le début de la fin de son mandat et il n'y a guère que les populistes qui se font réellement entendre en Europe, depuis la Hongrie, l'Italie et ailleurs. Or on sait bien qu'à part vomir l'idée européenne, tous ces tenants du nationalisme ne seraient d'accord sur rien : n'avons-nous rien retenu des mensonges proférés aux Anglais avant le référendum par les tenants du Brexit, lesquels ont, depuis, disparu de la circulation ? La réponse abrupte de la dauphine d'A. Merkel, Annegret Kramp-Karrenbauer (AKK), montre bien que Macron a tapé dans le mille avec ses propositions. Elle montre aussi, hélas, que le fameux "couple franco-allemand" sans lequel rien ne se fera est à reconstruire.

Vote inutile ? Le risque n'est pas nul de voir une majorité d'eurosceptiques emporter le scrutin de la fin mai. Si tel était le cas, l'Europe serait confrontée, après le Brexit, à une crise institutionnelle sans précédent. Par notre vote, nous serions pourtant bien inspirés de nous éviter ça. Et c'est là que l'appel de Macron prend toute son importance : la période qui s'ouvrira après le 26 mai devra être consacrée à une réforme en profondeur de l'Union, de ses compétences, de sa manière de fonctionner et des priorités qu'elle se donne.

Voilà pourquoi chacun de nous est appelé à jouer son rôle a minima d'électeur le 26 mai et pour ceux qui, comme moi, veulent aller un peu au-delà à signer l'appel en cliquant sur ce lien : "Renaissance"

Publié dans on en parle partout

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