Après la réforme du mariage

Publié le par Bernard LUSSET

 

Vendredi 17 mai, le Conseil Constitutionnel a déclaré conformes à la Constitution les articles 1, 7, 8, 11 à 14, 19, 21 et 22 de la loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe (lire la décision du CC). Le Conseil a ainsi repoussé chacun des points de droit soulevés par les parlementaires qui l'avaient saisi de l'inconstitutionnalité du texte. Le lendemain, le Président de la République a promulgué ladite loi  et les textes d'application devraient être publiés dans les prochains jours, permettant la célébration des premiers mariages dans les toutes prochaines semaines.

 

La France est ainsi le 14ème pays à ouvrir ce droit après le Danemark (1989), les Pays-Bas (2000), la Belgique (2003), le Canada (2005), l'Afrique du Sud et l'Espagne (2006), la Norvège (2008), la Suède (2009), l'Argentine, le Portugal et l'Islande (2010), l'Uruguay et la Nouvelle-Zélande (2013). La Ville de Mexico (2009) et 7 des 51 états des Etats-Unis ont, eux aussi, autorisé ce mariage.

 

L'élargissement de ce droit au mariage ne m'effraie pas, je l'ai dit ici. Je n'ai donc participé à aucune des "manifestations pour tous", même si beaucoup de mes amis, eux, l'ont fait. Je regrette que dans cette affaire, le gouvernement ait fait le choix de cliver profondément le pays sur un sujet où, pourtant, il y avait un chemin pour construire un consensus national : très majoritairement, les Français étaient favorables à ce que les couples homosexuels bénéficient d'une reconnaissance officielle plus forte, après la première avancée du PACS. Hélas, le gouvernement socialiste a préféré instrumentaliser sa propre réforme pour tenter de reconstituer sa majorité divisée sur tous les autres sujets de l'action publique.

 

Paradoxalement, cette réforme aura abouti à une bien triste résurgeance de l'homophobie, tout ça par calcul politicien. Encore un rendez-vous présidentiel raté qui fait trembler, quand on pense aux engagements récemment renouvelés du chef de l'Etat en faveur du vote des étrangers après 2014.

 

Au-delà de ces manoeuvres, je n'ignore pas que beaucoup de Français regrettent cette réforme du mariage ou en redoutent les effets à long terme. Tous ceux-là ont bien le droit d'en souhaiter l'abrogation un jour et de militer pour cela : ils seront sans doute nombreux à la prochaine manifestation nationale du 26 mai. Je pense personnellement que ce combat est à la fois inopportun et perdu d'avance. Mais cela n'interdit pas à ces opposants de manifester, comme ont manifesté ces dernières années beaucoup de ceux qui souhaitaient cette réforme. La liberté d'expression ne se détermine pas en fonction des causes défendues.

 

En tout cas, quel que soit le point de vue de chacun sur ce sujet, le mariage pour tous les couples est désormais notre loi commune, régulièrement approuvée. Elle s'applique donc sans limite sur tout le territoire.

 

Ce point-là, au moins, ne devrait pas faire débat entre républicains.

 

 

Publié dans on en parle partout

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