Au sujet de la gare TGV d'Agen...

Publié le par Bernard LUSSET


La presse locale a récemment publié un article de Monsieur Couderc (*), article que je fais le choix de reproduire ici, sans rien lui retirer. C'est à cette tribune que j'ai voulu répondre, sur un sujet où, au-delà des a priori et des procès d'intention rapides, il me semble que nous sommes en face d'un authentique conflit de générations que nous ne sommes pas près de trancher entre nous : le temps s'en chargera. Mais il m'a semblé honnête de donner à lire aux lecteurs de ce blog intéressés par ce sujet le texte initial de M. Couderc et la réponse qu'il a suscité chez moi. Pardon pour la longueur, du coup un peu exceptionnelle, de cette chronique.
BL

(*) M. Couderc est un homme très estimable, haut fonctionnaire, qui fut notamment secrétaire général de la Questure de l'Assemblée nationale, homme de lettres et d'histoire, qui a été élu, de 2001 à 2008, dans la municipalité précédente. C'est quelqu'un que je respecte même si, on le comprendra en lisant ces deux textes, je ne partage pas son point de vue...


le texte de M. Couderc :

Malgré les appels de La Mirande, de quelques élus et de responsables syndicaux, l'impensable s'est produit. Ignorant les exemples positifs des villes qui ont su garder ou attirer le TGV en centre ville et les regrets de celles qui l'ont laissé partir, la majorité des élus d'Agen (à l'exception d'un seul adjoint et des élus de l'opposition) a décidé d'abandonner cet atout exceptionnel, au profit de la gare de campagne : la tristement fameuse « gare betterave », rejetée à peu près partout et qui deviendrait chez nous une « gare maïs» ! si par malheur cette solution dépassée était retenue.
Les représentants des Agenais, maire en tête, ont pris une décision historique …négative : ils ont rompu avec la politique séculaire, de leurs prédécesseurs. Ceux-ci avaient tout fait pour que les échanges humains, économiques, commerciaux, touristiques du pays agenais, et au-delà, passent par la ville- centre, et convergent vers elle, forte de ses administrations, de ses services et de son attrait de chef-lieu. Après la conquête du canal latéral ( pont canal et bassin de Rouquet) ce fut, au milieu du XIXe siècle, la gare en centre ville, puis sa desserte moderne par la percée audacieuse des boulevards Carnot et Sylvain Dumon. A la fin du XXe siècle, l'arrivée du TGV à 10 minutes à pied du cœur historique, administratif, commerçant et universitaire d'Agen parachevait cette œuvre collective. Agen était définitivement désenclavée.
Deux illusions, deux mirages expliquent l'abandon actuel. D'un côté, une vision technicienne de manager qui croit pouvoir créer un Agen-économique nouveau, à partir d'une zone d'implantation d'entreprises, au demeurant justifiée. De l'autre, la compétition de communes rurales pour attirer à elles la manne ferroviaire : « Venez, nous avons des champs, il n'y a qu'à bétonner » Et vive le Grenelle de l'environnement ! Alors que la redynamisation de la ville centre accuse trente ans de retard, nos élus ont troqué le droit d'aînesse d'Agen contre le plat de lentilles de la communauté .
« Partout où le pouvoir local est fort, écrit un observateur avisé de ces questions, le TGV arrive en centre-ville. » Faut-il croire que la salle des Illustres de la mairie d'Agen est devenue, un théâtre d'ombres ? Ou que l'avenir de la ville ou son déclin ne dépend plus désormais que de la CAA ? Or, le vrai défi à relever pour Agen est celui d'une profonde opération d'urbanisme englobant autour de la gare actuelle, le Pin, le quartier du pont de la Libération, le Sernam et tous les abords ouest et nord de la gare jusqu'au canal.
Agen aura alors la capacité d'accueillir le trafic généré par le nouveau TGV et retrouvera son dynamisme au bénéfice de la grande majorité de ses habitants et de nombreuses communes voisines qui ont tout à perdre d'une délocalisation . En attendant le nouveau Jean-Baptiste Durand, qu'en pensent les deux derniers maires de la ville, Paul Cholet et Alain Veyret ? On aimerait entendre leurs voix.


Mon texte, qui reprend largement l'intervention que j'ai faite, sur ce sujet, en conseil municipal d'Agen :

Alors qu’au début des années 2000, j’étais favorable au choix d’une gare à Agen centre, j’ai changé de point de vue car, depuis, deux choses ont profondément évolué :

 

D’abord l’approche du centre-ville : fidèles à nos engagements, nous voulons rendre le centre aux habitants et aux usagers, et renvoyer vers la périphérie le trafic de transit et le stationnement de longue durée : il me semblerait contre le vent de l’histoire de remettre dans la nasse des milliers de véhicules supplémentaires.

 

Quand Jean-Baptiste Durand, en osant percer le Boulevard de la République face à toutes les réticences de son temps, a marqué l’entrée d’Agen dans la modernité du 20ème siècle qui s’annonçait, il a assuré à notre ville sa prospérité 100 ans durant. 130 ans plus tard, la convergence de tous les flux de circulation vers le centre, est-elle une idée qui a vieilli ? Je crois que oui.

 

M. Couderc préfère voir là l’affaiblissement de la ville-centre et même l’abdication ou l’inconsistance de ses élus. En pensant à nos enfants, à la ville que nous construisons pour eux demain, je pense exactement le contraire. Pourvu que cette gare rive gauche présente deux caractéristiques essentielles :

1. La navette ferroviaire en site propre, qui permettra aux Agenais de prendre le train en centre-ville, comme cela se fait à Orléans, Tours, Vendôme et tant d’autres villes qui n’ont pas dépéri, loin s’en faut. Une navette connectée aux TER qui, après leur dislocation rampante dans l’indifférence générale, sont aujourd’hui réhabilités.

2. L’achèvement du contournement routier ouest d’Agen, promis depuis 30 ou 40 ans, indispensable mais sans cesse repoussé, faute de financements.

 

Notre approche de l’agglomération aussi a changé.

 

L’intercommunalité agenaise ne s’est réalisée dans les années 90 que parce qu’enserrée dans son territoire, Agen n’avait de développement qu’en dehors de ses limites, pourvu que les fruits en soient partagés. Avec cette gare rive gauche, Agen et son agglomération, à son tour entravée entre urbanisation et zones inondables, voit avec la gare TGV, la zone industrielle commune et la rocade Ouest, une formidable opportunité de développement.

 

Je sais les réticences que cette collaboration avec la Communauté de Laplume fait naître chez ceux qui préfèreraient, sans avoir su le faire eux-mêmes, nous voir imposer d’abord la fusion des deux structures intercommunales. Débat d’élus pour l’essentiel. Sans doute cette communauté est, en termes d’organisation du territoire, une erreur agenaise et départementale historique. Mais cette communauté existe et nous avons à construire avec elle la gare LGV qui sera agenaise comme l’aéroport, le centre de tri ou Walibi sont agenais.

 

Dans ce choix, n’oubliant ni notre histoire ni le mandat reçu, nous osons dire que la gare Agen rive gauche, dans les conditions où nous l’avons acceptée, n’est pas un renoncement à nos ambitions agenaises, mais une étape essentielle de plus de notre histoire, dont les générations futures sauront, mieux que nous, juger sereinement l’opportunité.

 

Publié dans on en parle à Agen

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