Beauregard : suradministration 1 - bon sens 0

Publié le par Bernard LUSSET

 

Le Préfet l'a annoncé ces derniers jours : l'Etat va démolir ce qui reste du barrage de Beauregard, entre Agen et Le Passage. Pour tout dire, je m'attendais à cette décision, non sur des arguments techniques du dossier, mais en raison de l'état d'esprit qui, désormais, nous gouverne à tous les étages dans notre beau pays, et pas seulement hélas en Lot-et-Garonne. De quoi s'agit-il ?

 

Dominique Voynet a marqué son passage au gouvernement par une loi sur l'eau généreuse mais idiotissime, loi au teme de laquelle, désormais et pour faire court, la Garonne, entre autres, est devenue une espèce de sanctuaire. Tout le dispositif règlementaire qui en a découlé depuis a, naturellement, rajouté quelques couches d'interdits supplémentaires. Au motif que toute intervention porterait atteinte à la préservation des ressources naturelles végétales et animales du fleuve, érigées au rang de patrimoine mondial de l'humanité, la loi a décidé que plus rien ne pouvait être fait qui touche au fleuve. Plus rien.

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Plus rien, ça veut dire, par exemple, que lorsque la Ville d'Agen a voulu mettre en valeur les berges de Garonne, abandonnées de tous depuis des décennies et qui n'étaient en 2008, qu'un indigne camp d'accueil des gens du voyage, nous avons eu le sentiment que nous portions une atteinte intolérable à un trésor inestimable. Que d'énergie pour y parvenir. Avons-nous eu tort ?


Plus rien, ça veut dire que, par exemple, l'Etat laisse le fleuve s'engraisser de tous ces galets et végétaux divers qui, évidemment, contribueront à accentuer les effets de la prochaine crue, n'en déplaise aux techniciens. Le plus drôle, c'est que le même Etat avait autorisé et financé en partie le recalibrage du fleuve. Mais c'était avant la loi Voynet... Et puis, que ne ferait-on pour préserver les ébats amoureux des aloses, n'est-ce pas ? Comme si les ancêtres de nos aloses étaient gênés quand la famille de Michel Serres extrayait le gravier du fleuve... Au lieu de ça, on préfère que la vallée se transforme en fromage de gruyère, d'autorisations de gravière en autorisations de gravière. Mais, hors le lit du fleuve.


Plus rien, ça veut dire que, par exemple, quand la Ville veut organiser le 14 juillet un spectacle pyrotechnique sur le fleuve pour 15 ou 20 000 personnes, il faut se battre contre des moulins et subir des procès publics tous azimuts : il parait que ça dérange l'éco-système.

 

Alors, vous pensez : imaginer de reconstituer partiellement le barrage de Beauregard pour ralentir l'érosion des berges, garantir l'alimentation en eau des habitants de l'agglo et faire du plan d'eau en amont un lieu de loisirs pour tous... C'était un projet insensé, bien sûr. Mais heureusement,  l'Etat veille ! Ce même Etat impécunieux qui trouve d'un coup, comme par miracle, les fonds nécessaires (1,2 millions, tout de même) pour démolir ce qui reste du barrage. Et le tohu-bohu de la démolition, ça va pas déranger les poissons ?

 

Ainsi, va le monde. Cette décision n'est qu'un nouvel avatar de cet ayatollisme juridique qui nous gouverne et auquel entreprises publiques et privées et simples particuliers, se heurtent désormais en toute circonstance. Quoi que vous entrepreniez, et qui que vous soyez, il se trouvera toujours quelqu'un pour vous expliquer qu'un texte vous l'interdit. Dans le meilleur des cas, il arrive qu'un concentré d'énergie et beaucoup de temps permettent de surmonter l'obstacle.

 

J'appelle ça la sur-administration et elle nous fait crever plus sûrement encore que la concurrence internationale. Un tiers des 18-25 ans français envisage, parait-il, de quitter le pays : comment leur en vouloir ? Vous avez dit "choc de simplification" ? Quelle blague...

 

 

Publié dans on en parle à Agen

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