Droit de vote des étrangers : halte au feu !

Publié le par Bernard LUSSET

Je crois utile de lire l'appel des 77 députés socialistes  lancé au Président de la République en faveur de la mise en oeuvre, tout de suite, du droit de vote des étrangers aux élections locales. Utile pour comprendre d'abord, saisir les motivations ensuite et, en ce qui me concerne, mieux combattre ce projet.

 

D'abord la forme : un appel dans le journal "Le Monde" ? 

 

Etrange procédure de la part des députés socialistes que cet appel lancé à "leur" Président dans la presse nationale. Doutent-ils à ce point de sa résolution à mettre en oeuvre ses engagements de campagne ? 

 

Un "marqueur politique" entre la droite et la gauche ? 

 

Revendiqué par les signataires, cet argument signe le caractère idéologique de cette proposition. On ne sera pas surpris d'y voir la députée d'Agen, au milieu des 77 signataires qui pensent sans doute incarner ainsi les "valeurs éternelles"  de la gauche.

 

Vite, il faut aller vite... ? 

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A en croire les signataires, ce dossier est très urgent, pour pouvoir être mis en oeuvre dès les prochaines municipales de 2014. Derrière cet argument de calendrier, en pointe un autre : et si Hollande faisait comme Mitterrand ? S'il laissait tomber, lui aussi, ses promesses de campagne ? Aller vite, donc !

 

6 % seulement du corps électoral ? 

 

Curieux cet argument des signataires : une telle réforme ne concernerait "que" 6 % du corps électoral. Et alors ? Est-ce à dire que cet ajout serait sans importance ? Est-ce une manière -bien maladroite- de vouloir rassurer les électeurs ?

 

Pas de perte de souveraineté puisque... c'est le peuple qui doit décider ?

 

Jolie contorsion intellectuelle que ce syllogisme là :

 

1. pour élargir le droit de vote aux étrangers, il faut modifier la constitution

2. pour modifier la constitution, il faut soit un référendum soit un vote du congrès

3. donc, cette réforme ne constitue pas une perte de souveraineté. CQFD. 

 

Sauf que la question de la souveraineté, centrale dans ce débat, est différente : pourquoi donner le droit de vote à des citoyens étrangers, alors qu'il leur suffirait de demander la nationalité et devenir, ce faisant, des citoyens à part entière ? C'est bien ici que se situe le coeur du débat. Mais les signataires, manifestement, font l'impasse sur cette question.

Sans doute parce qu'elle est odieusement nationaliste ?

 

Justice citoyenne ?

 

"Ces étrangers contribuent par l'impôt : il est donc juste qu'ils participent à la vie citoyenne". Alors, celle-là, elle est un peu forte ! Parce que parmi les réticences des Français devant ce projet, il y a l'idée de voir devenir électeurs bien des citoyens étrangers qui bénéficient de notre système de solidarité sans contribuer à son financement.

 

Elle est forte et elle est même assez drôle cette idée, puisqu'elle considère que le fait de payer l'impôt vaudrait reconnaissance de citoyenneté. Nos députés socialistes vont-ils jusqu'à plaider pour le retour du suffrage censitaire ? Et sont-ils prêts à refuser le droit de vote aux étrangers ne payant pas l'impôt ? Après la carte électorale et la pièce d'identité, faudra-t-il désormais présenter son avis d'imposition à l'entrée des isoloirs ?

 

Lutter contre l'abstention ? 

 

Nos députés socialistes imaginent que l'arrivée d'électeurs étrangers améliorerait la participation citoyenne. Il faut ne jamais avoir regardé, bureau de vote par bureau de vote, les résultats des élections pour ignorer que l'abstention est déjà très forte dans les bureaux où les électeurs -donc français- d'origine étrangère sont nombreux. Certes, comme nous sommes en France et que le sujet est tabou, il n'existe pas de statistiques officielles. C'est plus facile pour masquer une réalité qui dérange. 

 

Donner l'exemple aux jeunes ? 

 

Voir voter leurs parents pourrait donner envie aux jeunes de s'investir : c'est le dernier argument évoqué. On voit bien que, même dans les consultations publiques ouvertes à tous, les populations d'origines étrangères n'adhèrent et ne participent que très peu, en raison notamment des difficultés culturelles auxquelles elles sont confrontées : pratique de la langue, connaissance des institutions et de nos mécanismes démocratiques, etc... 

Et puis, qui ne voit la nostalgie nationale qui continue d'habiter nombre d'étrangers résidents chez nous, particulièrement chez les plus jeunes ? Qui a oublié les drapeaux flottants place de la Bastille, le soir de l'élection de François Hollande ?

 

Une (très) mauvaise réponse à une vraie question

 

Revoilà donc la politique des "bons sentiments" et du politiquement correct qui prévalent depuis les années 80 dans les sphères de la gauche germanopratine. Cette gauche ne réalise pas qu'accorder le droit de vote aux étrangers serait leur donner l'illusion que ce serait un droit collectif, alors qu'il ne peut être que l'aboutissement d'une démarche individuelle volontaire d'intégration. Ce faisant, les signataires prennent le risque de susciter, face à leur proposition, une réaction xénophobe dont on voit bien tous les jours à quel point elle prospère, hélas, dans l'esprit de nos compatriotes. Nos députés socialistes s'en rendent-ils seulement compte ?

 

La vraie réponse est ailleurs : nous devons construire une République plus sûre d'elle-même, de ses valeurs et de son avenir. Une République plus accueillante pour ceux qui font le choix délibéré de la rejoindre et, ce faisant, d'en accepter les charges et les avantages. Et là, il y a du travail ! 

 

Un calendrier catastrophique 

 

C'est

au moment où l'emploi et l'argent public se font rares,

au moment où les communautarismes explosent partout,

au moment où les tensions nationalistes s'exacerbent,

au moment où la tentation du repli sur soi frappe les plus fragiles d'entre nous,

au moment où les fondamentalismes engrangent partout le fruit de leur travail souterrain,

au moment où le doute sur notre communauté nationale et ses fondamentaux est le plus fort,

au moment où la mise en oeuvre d'un projet collectif est le plus fragilisée par les égoïsmes nés des doutes sur l'avenir

qu'intervient cet appel. C'est-à-dire au pire moment.

 

Ce calendrier est tellement inapproprié, tellement contre-productif, tellement loin des préoccupations des Français, qu'on peut légitimement s'interroger : et si tout ça n'était qu'un écran de fumée, destiné à cacher la hausse du gaz et du pétrole, la perte de pouvoir d'achat des heures supplémentaires (cette fin de mois), la montée du chômage, la quasi-paralysie de l'offre de prêts, l'effondrement du marché de la construction depuis le printemps, les dissensions internes à la gauche sur le traité européen, etc... ? 

 

 

 

Publié dans on en parle partout

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