Eloge de la gentillesse

Publié le par Bernard LUSSET


Etonnante (et heureuse) initiative que celle du journal "le Monde" qui publie un intéressant article sur le nécessaire retour en force de la gentillesse.

Pas cette gentillesse contrainte qu'on enseigne aux enfants et qui confine parfois à l'hypocrisie, mais celle qui relève de l'empathie, de l'écoute de l'autre et qui, marquant le respect porté à l'autre, traduit en réalité l'estime qu'on se porte à soi-même.

L'article livre même trois clés, trois critères pour déterminer une critique "gentille" :
1. la critique doit être formulée dans un cadre privé
2. la critique doit être formulée dans l'espoir de faire évoluer le comportement de l'autre
3. la critique doit être énoncée avec sympathie

Il parait même, selon les medecins, qu'en faisant ainsi une bonne action, nous stimulons une "zone liée au plaisir dans le système mésolimbique du cerveau, la même que celle qui est activée par les drogues, la bonne nourriture et le sexe". Diantre !

On redécouvre donc qu'en faisant plaisir à l'autre, on se fait plaisir à soi-même ?
Si cet article a tant retenu mon attention, c'est parce que je déplore tous les jours le manque de "gentillesse" dans notre monde :  chaque critique cherche à blesser, chaque expression vise à dominer, chaque geste veut asseoir une position : il découle de ces comportements une dégradation accélérée -qui m'inquiète- des rapports humains et sociaux. 

Bien souvent, plaider pour la gentillesse est dans notre monde synonyme de faiblesse.
Or, je crois exactement le contraire, et depuis longtemps.

J'ai la conviction que la gentillesse est non seulement une forme élevée d'affirmation de soi, mais encore le seul modèle sérieux et durable d'organisation humaine. Elle n'exclue ni la compétition, ni les rapports de force, mais elle ne les place pas au sommet des relations sociales : ça change tout !

J'ai même la conviction que la gentillesse peut être "efficace" et je donne ici quelques exemples osés et contestables : 

N'est-ce pas la gentillesse supposée d'Obama qui l'a fait plus sûrment triompher Obama, plus que tous les programmes et les spots publicitaires ?
Ne fait-elle pas de Michel Druker l'animateur préféré des Français ?!
Ne justifie-t-elle pas la mise en place de tous ces "médiateurs" qui fleurissent dès qu'un problème explose ?
La gentillesse ne manque ni d'attraits ni d'atouts.

Pourtant, la gentillesse est trop souvent assimiliée à de la faiblesse : face au règne de l'affirmation radicale, elle passe pour une absence d'idée ou une incapacité à les faire émerger (le centriste convaincu que je suis en sait quelque chose !) La gentillesse est pourtant d'abord une école de rigueur.

C'est d'ailleurs au nom de cette perception biaisée de la gentillesse que nombre de "gentils" sont brocardés et méprisés pour leur faiblesse supposée avant que, souvent beaucoup plus tard, leurs mérites soient finalement reconnus. La gentillesse est une authentique et exigeante forme du don de soi.

Alors, gentil, une valeur d'avenir ? Je veux le croire.

Et puisque 2009 s'achève dans quelques heures, je forme le voeu que la gentillesse soit, en 2010, une valeur montante dans la sphère privée comme dans le débat et l'action publics.

Et, balayant devant ma porte, j'essaierai de ne pas l'oublier moi-même... !

Bonne année à tous.


Publié dans on en parle partout

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jean-louis 11/08/2016 09:15

Au pays des bisounours ?
Plus sérieusement, on peut trouver toutes les qualités que l'on veut à la gentillesse. Qui n'aime pas pouvoir être gentil ou qu'on soit gentil avec lui ?
Mais il faut d'abord distinguer, puis étudier, la gentillesse volontaire et la gentillesse involontaire.
Je ne vais pas le démontrer ici, mais la seconde est à proscrire absolument. Alors attention à ne pas conforter une très mauvaise habitude;