Il est temps de réagir, M. le Président...

Publié le par Bernard LUSSET

Si la politique du "coup de menton" était efficace en matière de sécurité, ça se saurait, et depuis longtemps.

Et notamment depuis 2002 quand Nicolas Sarkozy est devenu Ministre de l'Intérieur, période où les déclarations martiales n'ont pas manqué.

La campagne présidentielle de 2007 n'a pas été avare, elle non plus, de ces réations à chaud, populaires en diable certes, mais d'une inutilité avérée, sauf pour berner les gogos et faire parler les médias.

 

constitution.jpgCette hyper-réaction permanente face aux faits-divers les plus tragiques finit par donner, avec quelques années de recul, un désagréable sentiment d'agitation inutile, alors que, sur le terrain, chacun peut mesurer la lente et inexorable dégradation des valeurs républicaines, au premier rang desquelles la famille consciencieusement détricotée et la responsabilité parentale, soigneusement vidée de tout sens.

Bref, les déclarations publiques se succèdent, et les agressions en tous genres, elles, se multiplient.

 

Le dernier « assaut » présidentiel dans ce domaine me fait bondir, puisqu’il n’est rien moins proposé que de menacer des « Français d’origine étrangère » de déchéance de leur nationalité.

 

Ce nouveau « coup de menton » a fait judicieusement rappeler ce matin à Robert Badinter l’article 1 de notre Constitution : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. »

 

Sans même chercher à répondre aux innombrables questions juridiques qu’un tel projet suscite, on voit qu’il se heurte à rien moins que notre texte fondamental.  

 

L’insécurité est une question douloureuse et complexe, qui frappe l’ensemble des démocraties occidentales et il serait injuste de vouloir en faire porter la responsabilité au seul Président de la République.

 

Je rends volontiers acte à N. Sarkozy d’avoir rompu avec une tolérance bien pensante qui, au final, à coups de bons sentiments, laminait les fondements même de notre société.

 

Mais ce nouveau « coup de menton » est un coup de menton de trop, qui nécessite de rappeler au chef de l’Etat l’un de ses devoirs : celui de la cohésion de la Nation, dont il est le premier garant.

 

A vouloir être l’omni-Président en charge de tout (y compris de la fédération française de football, des chaines publiques de télé, et j’en passe… !), le chef de l’Etat oublie gravement celles des missions qu’il est le seul à pouvoir exercer et il serait dommage de s'en remettre, a posteriori, au seul Conseil Constitutionnel qui ne pourrait avaliser l'adoption d'une telle règlementation si elle devait voir le jour.

 

Il est temps de réagir, M. le Président…

Publié dans on en parle partout

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