Le mystère du chant des sirènes

Publié le par Bernard LUSSET

C'est peu dire que la France est un pays "sur-administré"... Une bonne partie de mon temps d'élu local consiste justement à essayer de simplifier la vie des administrés soumis à une myriade de règles et de normes (y compris municipales !). Je n'ose imaginer les économies que nous ferions au niveau national si on voulait bien toiletter tout ça. Mais nous sommes tellement fiers de notre système administratif...

 

Petit exemple des absurdités auxquelles cette sur-administration peut aboutir avec les sirènes. Les avez-vous entendu retentir ce mercredi midi à Agen (et dans bien d'autres villes, ai-je appris depuis) ? Beaucoup se sont étonnés de les entendre de nouveau, moi y compris, après des mois (des années ?) de silence.

 

Il faut dire que je m'étais ému de ne plus les entendre sonner les débuts et fins du scrutin les jours de vote à 8H00 pour réveiller les électeurs, à 17H55 pour les retardataires et à 18H00 pour marquer la fin des opérations de vote. On m'avait alors dit, de manière assez floue, que les pompiers ne voulaient plus les faire sonner ces jours-là... On m'a ensuite expliqué que ces sirènes fonctionnaient avec des lignes téléphoniques spécialisées entretenues par France Télécom (et payées par la Ville) mais que l'opérateur historique avait informé l'Etat que ces lignes, vétustes, ne pouvaient plus être entretenues... L'Etat, toujours lui, a, parait-il, lancé une consultation nationale dans le cadre d'un Réseau National d'Alerte : bref, j'avais fait mon deuil de ces sirènes.

 

J'avais bien tenté de rappeler que, lors des crues de Garonne à Agen, ces sirènes permettaient d'informer simplement tout le monde de la montée des eaux : autant de coups de sirène que de mètres d'eau en Garonne. Pas très moderne, certes, mais j'ai le souvenir des processions d'Agenais vers le Gravier, après la sirène, pour voir Garonne faire le gros dos : le système était assez efficace mais, manifestement, aucun de mes interlocuteurs n'a semblé sensible à l'intérêt de maintenir ce vieux système, à l'heure des SMS, d'internet, etc...

 

Du coup, mercredi dernier, quand j'ai entendu ces sirènes retentir, je me suis posé la question : qu'est-ce qui se passe ? Et, question subsidiaire : qui a ressuscité les sirènes ? J'en étais là de mes réflexions quand "Le Petit Bleu" m'appelle justement sur ce sujet  : "Est-ce que tu sais qui a déclenché les sirènes dont on nous avait expliqué, il y a quelques semaines, qu'elles seraient désormais muettes ?" Et bien non, justement, je n'en sais rien mais je promets à mon interlocuteur de mener l'enquête et de le rappeler.

 

Est-ce la Mairie qui a ainsi actionné les sirènes ? Après vérification, la réponse est non. Je crois que nous en serions d'ailleurs bien incapables, plus personne ne sachant vraiment comment ça marche...

 

Je me tourne alors vers la Préfecture puisque c'est l'Etat, me dit-on, qui a la responsabilité du fameux Réseau National d'Alerte. Et là, la responsable du service contacté, qui n'avait manifestement pas le temps de me répondre, me fait dire par sa secrétaire que les sirènes ont retenti "comme tous les premiers mercredi midi du mois !" Cette responsable ignore manifestement que, depuis des mois, il n'y avait plus de sirènes. Nouvellement arrivée à Agen peut-être ?

  

Ni la Mairie ni la Préfecture : qui donc avait bien pu appuyer sur le bouton ? J'appelle les pompiers qui me semblent être, à la réflexion, les premiers concernés. Lesquels finissent, au bout de trois interlocuteurs, par m'expliquer qu'ils sont aussi peu informés que moi, qu'ils n'utilisent plus les sirènes depuis belle lurette pour alerter leurs hommes et qu'ils ont reçu consigne de renvoyer les curieux comme moi... vers la Préfecture ! Compte-tenu de la fin de non-recevoir de mon premier appel, j'ai renoncé à me tourner de nouveau vers l'Etat.

 

J'ai donc rappelé, penaud et curieux, mon interlocuteur du "Petit Bleu" pour lui avouer la vérité : je suis incapable de lui dire qui a bien pu appuyer sur le bouton de déclenchement des sirènes (voir l'article). Tout juste, puis-je lui livrer une piste : "Ouest France", son honorable collègue breton, annonçait ce mercredi que les sirènes allaient retentir à midi à... Caen ! Et je tombe aujourd'hui sur cet article de la "Nouvelle République" dont les journalistes ont eu plus de chance que moi avec leur préfecture : pour tout savoir (ou presque) sur le chant des sirènes, c'est par ici !

 

Quant à savoir qui, à Agen, a appuyé sur le bouton magique, Mairie, Pompiers, Préfecture ou quelle autre administration encore ? Ca restera le mystère du chant des sirènes. Pourvu qu'on le résolve avant la prochaine crue...

 

 

Publié dans on en parle à Agen

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