Lendemain de défaite

Publié le par Bernard LUSSET

25 ans d’engagement dans la vie publique m’ont appris qu’en politique comme ailleurs, la roue tourne et qu’après la pluie… vient le beau temps. Mais la même expérience m’a aussi appris la nécessité, après un échec comme après une victoire, de tirer les enseignements du résultat des urnes. gueule-de-bois.jpg


L’échec des cantonales d’hier n’échappe pas à cette règle et il me semble qu’il faut légitimement tirer les  leçons du résultat de dimanche. Elles sont d’ailleurs nombreuses et parfois contradictoires. Allons-y quand même…

 

Des leçons nationales, d’abord :


Plus que jamais, les élections dites « intermédiaires » sont ravageuses pour le pouvoir national en place et les scrutins sont perçus par les électeurs comme une manière de dire leur insatisfaction, même si l’enjeu du scrutin était ailleurs (puisqu’il s’agissait de renouveler les équipes du Conseil général).


Faut-il se résigner à abandonner toute ambition programmatique ? Faut-il considérer l’objet même du scrutin comme secondaire ? Les deux grands vainqueurs de ces cantonales (PS et FN) ont fait ce choix et cela leur a manifestement réussi, comme cela avait déjà été le cas pour les européennes ou les régionales.


Il ne faut donc pas être têtu : dans la confusion politique du moment, où la centrale de Fukushima est au premier rang de nos préoccupations, bien avant la construction d’un collège ou la réalisation d’une déviation, oui désormais sans doute, les scrutins « intermédiaires » devront être abordés sous le strict angle de la politique nationale.


Ce constat ne me réjouit pas, puisqu’il revient à dire que la question posée est sans importance et que n’importe qui, pourvu qu’il porte la bonne « étiquette », pourrait être élu. Est-ce une grande victoire de l’intelligence ? Sans doute pas, mais ainsi va le monde et c’est le premier enseignement à tirer, je crois, de ces cantonales.

Il impactera aussi notre manière de mener désormais nos campagnes électorales.


La réforme territoriale renforcera sans doute dès 2014 ce caractère partisan, puisqu’elle devrait renouveler l’ensemble des équipes locales en une fois (municipales, communautaires, départementales et régionales). Ce rendez-vous, qui n’est pas sans danger, aura au moins le mérite de renouveler en une fois tous les exécutifs locaux qui disposeront ensuite de 6 ans pour travailler.


Des leçons départementales, ensuite :


J’ai évoqué ici récemment l’audace de ce jeune candidat centriste que je suis allé soutenir la semaine dernière aux cantonales de Figeac Ouest (38 % au second tour : bravo Antoine !).


Reconnaissons-le : les partis politiques, y compris celui au sein duquel je milite, manquent singulièrement d’audace dans la désignation de leurs candidats.
On me rétorquera, avec raison, que Cathy Pitous n’incarne pas véritablement le renouvellement du personnel politique. Idem pour Jean-Louis Matéos qui doit en être à son 5ème mandat municipal consécutif (!!!) au gré de ses amitiés politiques et qui, finalement, a trouvé à Agen Ouest un canton taillé pour lui, puisqu’il lui permettra de se livrer à son jeu favori : passer d’une rive à l’autre…

Espérons au moins que ces traversées seront profitables à l’Agenais !


Pas vraiment nouveaux ces candidats ? Certes. Peut-être un peu plus que leurs adversaires aux yeux des électeurs ? En tout cas, ils ont eu, eux, la chance d’être portés par une vague nationale qui, dans certains cantons, a même permis de faire élire des candidats qui ne le méritaient pas vraiment. Un certain nombre de candidats du FN n’ont même pas fait campagne du tout, ce qui ne les a pas empêchés de faire des scores significatifs.

 

Avec un électorat, notamment urbain, de plus en plus « zappeur », je crois à la nécessité de l’audace dans la désignation de nos candidats : nous devrons nous en souvenir pour 2014, quitte pour cela à déplaire à certains de nos amis.

 

Des leçons locales, ensuite :


Il est de bonne guerre, pour nos adversaires, de souligner que les deux candidats soutenus par l’équipe municipale d’Agen, ont été battus. Il est abusif, j’en ai la conviction, d’y voir une sanction sans appel de l’électorat sur notre action municipale. Les résultats des bureaux agenais n’ont d’ailleurs pas marqué de « décrochage » dans ces cantonales.

 

Mais, il faut aussi le reconnaître : la "marque Mairie d’Agen" n’a pas été suffisante pour endiguer la vague protestatrice de ce scrutin. L’action énergique que nous menons génère pour l'instant plus d’inquiétudes et de crispations que de satisfactions, en attendant que les fruits de ce travail apparaissent. Et c’est normal.


Faut-il pour autant que nous nous adonnions désormais à une « calinothérapie » anesthésiante, faite de bonnes paroles, d’études en tous genres et de rien d’autre ?


Je ne le crois pas : nous avons été élus en 2008 aux côtés de Jean Dionis parce que notre capitaine, notre équipe et notre projet étaient à la fois innovants et sympathiques. En « rangeant les outils » au fond de la boite et en abandonnant nos ambitions pour Agen, nous ne serions pas dignes de la confiance qui nous a été accordée en 2008.

 

Pouvons-nous être plus adroits par moments ? Sûrement.
Devons-nous demeurer fermes sur l’essentiel mais plus cools sur l’accessoire ? Sûrement aussi.
Reste à décliner tout ça en actions précises et ce n’est pas simple…

 

Des leçons locales (2) enfin :

 

A Agen nord est, la passation de témoin n’a pas fonctionné et j’en suis très triste : ce passage de relais était une heureuse initiative et Laurence Maïoroff et Gilbert Fongaro ont mené une campagne de terrain, digne, sympa et utile, authentiquement au service des habitants de ce canton.

Mais, à la réflexion, je ne trouve dans ma mémoire guère d'exemples de passages de témoin réussi (l’après JFP, l’après Chollet, l’après Brunet à Nérac, etc…) : l’exercice est-il seulement réalisable ? A posteriori, je me mets à douter dans un pays qui n’aspire qu’aux « ruptures », quitte, ensuite, à faire preuve de nostalgie.

 

A Agen Ouest, il aura fallu notre incapacité collective à panser les plaies de l’histoire passageoise pour que J-L Matéos soit élu. Franchement, j’espère que les Passageois ont un peu, eux aussi, comme moi aujourd’hui, la « gueule de bois » : Jean-Louis Matéos, après Thierry Lacan ? Je ne veux blesser personne en disant que ce canton, qui compte la 4ème ville du département, mérite mieux que ça.

 

A Agen Sud Est, enfin : je ne me suis pas passionné pour ce duel de second tour entre socialistes. Entre le père qui veut tuer le fils et le fils qui aimerait que le père « raccroche les crampons », il s’est noué dans ce canton une histoire à laquelle je me sens totalement étranger, comme beaucoup.

Mais quel dommage que les électeurs, qui avaient la possibilité de faire émerger une tête nouvelle (Jérôme Roux), n’aient pas saisi l’occasion de trancher ce conflit familial par le haut...

Oui mais : Jérôme Roux soutient la majorité présidentielle. Alors, il n’avait aucune chance dans cette élection...

 

Rien n’est simple, décidemment.

Sans doute faudra-t-il encore un peu de temps pour tirer tous les enseignements de ce scrutin...

 

Publié dans on en parle à Agen

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