Barack is back !

Publié le par Bernard LUSSET

The survival ! Obama fait figure, ce matin, de survivant, lui qui est l'un des très rares chefs d'Etat a s'être fait réélire après avoir dû gérer la crise de ces dernières années. Oui, c'est un survivant qui va diriger la Maison Blanche "four more years", comme l'ont clamé ses supporters.

 

Un survivant, mais pas seulement.

 

Le rêve américain ré-enchanté

 

Quand François Hollande fait promesse, au printemps, de "ré-enchanter le rêve français", il se fait moquer. Il faut dire que, depuis les envolées lyriques de F. Mitterrand au début des années 80 fracassées sur l'autel des réalités quelques années plus tard, les Français ont développé une forme de cynisme qui crée de la distance avec ce type de discours enflammé sur notre destin commun.

 

Mais quand le nouveau président des Etats-Unis prononce son premier discours au soir de sa victoire, il fait renaître, lui, le rêve des pères fondateurs avec une force collective qui nous étonne de ce côté-ci de l'Atlantique. Ré-écoutez Obama prononcer ce formidable acte de foi dans le travail et le mérite : "les Etats-Unis (je cite de mémoire) sont un pays où, qui que vous soyez, jeune ou vieux, blanc ou noir, hispanique ou asiatique, riche ou pauvre, hétéro ou homo, si vous vous donnez la peine de travailler, alors, vous pouvez réussir !" Le fameux rêve américain est là. Le programme présidentiel de tout candidat est là, tout entier, simplement mâtiné de libéralisme ou de solidarité selon que vous appartenez au camp des rouges ou des bleus.

 

Formidable consensus national que cette aspiration commune dans un pays qui demeure, deux siècles après l'arrivée des premiers colons, un pays de pionniers, que rejoignent chaque année de nouveaux migrants. Formidable consensus à partir duquel, ensuite, tous les affrontements, toutes les confrontations sont possibles entre républicains et démocrates, puisque tous aspirent au même idéal national.

 

Nous sommes, nous Français, très loin, très très loin vraiment, de partager au-delà de nos différences, pareil idéal commun. Et cela nous manque sans doute cruellement lorsque le vent se lève, comme actuellement. C'est pourquoi j'ai écouté, avec une pointe d'envie, ce discours de vainqueur de B. Obama.

 

Obama, plus fort que jamais

 

Obama n'est pas seulement un survivant : il est désormais un Président inatteignable, puisque ce mandat sera le dernier. C'est généralement à ce moment-là que les Présidents peuvent s'autoriser quelques audaces.

 

Les audaces de politique intérieure seront certes rendues compliquées par la cohabitation au Congrès où le Président devra, comme pendant le mandat précédent, composer avec une opposition républicaine forte. Mais en politique étrangère, le nouveau Président élu sera sans doute tenté, et il faut l'espérer, de mettre tout son poids dans la pacification du proche Orient où entre le chaos syrien, l'annonce de la guerre prochaine entre Israël et l'Iran, et la sempiternelle question palestinienne toujours en jachère, il faudra au moins un Président US détaché des contraintes électorales pour ramener un peu d'espoir de paix durable et éteindre les foyers inquiétants qui couvent là-bas.

 

C'est aussi dégagé des entraves d'une campagne électorale future que Barack Obama organisera, n'en doutons pas ici, la compétition commerciale et diplomatique avec l'Asie où les Etats-Unis trouvent à la fois leurs principaux concurrents commerciaux, leurs meilleures chances de marchés à conquérir et les plus grands financeurs de leur dette, juste de l'autre côté du Pacifique. L'influence régulatrice des USA y sera utile à tout le monde.

 

L'Europe ? Ni un problème, ni une solution !

 

Interrogé ce matin sur la vision que B. Obama peut avoir de l'Europe, Hubert Védrine a renouvelé cette formule que je trouve excellente : l'Europe n'est, pour les Etats-Unis, ni un problème ni une solution. Autrement dit,  les Etats-Unis nous voient tels que nous sommes : une puissance régionale qui pourrait beaucoup si elle était unie... mais qui ne l'est pas ! La seule attente des Américains à l'égard de l'Europe est sans doute qu'elle évite une récession qui les fragiliserait eux aussi : y parviendrons-nous ? La réponse est de ce côté-ci de l'océan.

 

Mais ce statut de second plan, n'en doutons pas, est aussi une chance pour nous. Pendant que de grands enjeux vont se nouer loin de nous et sans nous, nous pourrions utilement en profiter pour mettre en ordre ensemble nos affaires européennes intérieures : assainir nos finances, harmoniser nos législations fiscales et sociales, construire une Europe de l'intelligence et de la formation, unir nos forces industrielles autour d'une ambition commune, renforcer notre présence en Afrique où se trouvent, assurément, les plus forts potentiels de développement pour demain.

 

La présence de Barack Obama à la Maison Blanche nous garantit sans doute une bienveillante neutralité à notre égard, sans plus. Si nous saisissons notre chance, c'est déjà beaucoup.

 

 

Publié dans on en parle partout

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