Point de vue d'un aveugle

Publié le par Bernard LUSSET


Je vous donne à partager, tel qu'il m'est parvenu, le courrier que j'ai reçu de M. André Lafon, courrier qui se suffit à lui-même. Il dit les difficultés de l'être et l'ampleur du travail qui nous attend tous. BL


Le point de vue d’un aveugle est trop rarement pris en considération dans ces cités (cécité) lot et garonnaises. Le but de ces quelques lignes n’est pas d’en mettre plein la vue mais de sensibiliser à partir de mon cas personnel.

Comme je dis souvent : « Ce n’est pas parce qu’on ne peut pas se voir que l’on ne peut pas s’entendre… ».

Voilà comment mes problèmes de vue ont influencé et rythmé ma vie.

Le début de l’existence se déroule sans problème particulier mais les choses se compliquent avec l’apprentissage de la civilisation et de l’autonomie.

« - Qu’elle est cette lettre » me demande le médecin scolaire lors d’un contrôle.

«  - Aucune, je ne vois même pas votre règle. »  lui répondis-je.
C’est une de mes premières images du film de ma vie.

Durant l’enfance, des lunettes aux verres épais parviennent à combler certaines carences mais pas la frustration de la pratique d’un sport collectif (pour faire comme les copains).  A l’adolescence, l’invention des lentilles cornéennes a été une révolution surtout auprès des filles.

Mais le sort est tenace : premier décollement de rétine à 25 ans, deuxième à 38 puis reconversion professionnelle judicieuse et réussie à 40 ainsi que deux opérations de la cataracte, glaucome et arrêt de la conduite automobile comme cadeau à 50 et cécité incomplète et diabète en prime à 52 en attendant mieux…

C’est la période de doute, d’une attente insupportable, de la peur de l’avenir. La période où on se surprend à enlever des lunettes inexistantes car inutiles, celle où on ferme les yeux « pour voir » ce que cela donne. Cela permet de relativiser ce qui aurait pu paraître important à des yeux ordinaires.

Dans l’environnement familier, les déplacements sont acceptables si je fais abstraction des coups de tête, de genoux, des entorses de cheville et de certaines maladresses heureusement moins douloureuses.

C’est là que l’on vous dit :

« Vous n’y voyez pas mais cela ne se voit pas. »
«  Mais vous avez vu la voiture passer » . En réalité, il m’est même interdit d’y voir ne serait-ce qu’un peu.

« Et vous ne portez pas de lunettes ? » Tiens, tiens je n’y avais pas pensé (du BIGARD dans le texte). Et là je réponds : « quand l’ampoule du phare de votre véhicule est grillée, changez-vous le verre de l’optique ? ».

Dans la vie quotidienne, rien n’est fait pour nous faciliter la tâche, bien au contraire.
A la banque les automates fleurissent, la véritable communication se complique avec la multiplicité des nouvelles technologies.
Les téléphones servent à presque tout et très peu à téléphoner, leur écran se développe au détriment du clavier.
Le dictaphone comporte lui-même un écran. La vocalisation des appareils prônée par Gilbert MONTAGNE ne semble pas être une priorité.

Et le braille me direz-vous ? Révolutionnaire en son temps il est de plus en plus délaissé à cause d’un apprentissage lourd et d’une diffusion réduite.

Là où les choses se compliquent vraiment, c’est la circulation dans la rue (pourtant domaine public), nous privant d’une bonne partie de notre autonomie.

Notre seule demande ; des trottoirs libres de tout encombrement et l’application du calendrier de la loi du 11 février 2005 (avec notre participation) qui doit être entièrement appliquée en 2015 (demain).

Le point de vue des personnes handicapées doit être entendu et pris en considération, il bénéficiera à l’ensemble de la population car une maladie appelée la vieillesse va nous atteindre tous inexorablement. Avant d’être handicapé c’est d’un être humain dont il s’agit. Une personne responsable a comme les autres ses soucis personnels, familiaux et professionnels mais en outre avec les problèmes liés à son handicap. En ce qui concerne la surdité de certains services, se surajoute aux douleurs oculaires, au bruit de fond (lueur nocturne permanente les yeux fermés perturbant l’endormissement) à la diminution de l’autonomie…

Avec le soutien de RETINA France je continuerai à me battre pour que triomphent les réalisations concrètes et indispensables dans le cadre de l’accessibilité pour le bien de tous.

André LAFON

Correspondant départemental

RETINA France

Publié dans on en parle à Agen

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