visite pastorale

Publié le par Bernard LUSSET

Hubert Herbreteau, Eveque d'Agen, est en visite pastorale... à Agen ! Démarche suprenante ? Non : un évêque sillonne son diocèse et il n'y a pas de raison qu'il ne prenne pas, aussi, le temps d'entendre sa ville-résidence. C'est dans ce cadre qu'aujourd'hui, la municipalité d'Agen le recevait pour une rencontre qui s'inscrit dans une série d'entretiens réalisés avec toutes les forces vives de la ville, en présence du curé de la paroisse, le père Richer.

 

J'ai été heureux de cette rencontre qui étonnera peut-être les plus éloignés de la vie publique : pourquoi des élus de la République, laïcs par essence, devraient-ils rencontrer le patron de l'église catholique en Lot-et-Garonne ? Qu'ont-ils à se dire ? La rencontre d'aujourd'hui a montré combien, derrière des horizons et des fonctions différents, les points de rencontres existent bel et bien. Je serais heureux que d'autres autorités morales prennent, elles aussi, pareille initiative : au fond, chacun dans les domaines d'action et avec les moyens qui sont les nôtres, nous tentons d'oeuvrer pour la collectivité.

 

Des sujets de discussion avec notre évêque ? Par exemple les églises d'Agen : il y en a 16 ! 

  • L'une appartient à l'Etat : c'est la cathédrale, classée monument historique depuis 1862, et qui est en restauration depuis 1996.
  • 6 églises sont la propriété de la paroisse :
    • ND de la Paix (Jean XXIII),
    • l'église St Paul (Montanou),
    • St Phébade (face aux jardins de la préfecture),
    • ND de Gaillard (près du cimetière éponyme),
    • la chapelle St Jacques (zone Sud),
    • la chapelle du Martrou.
  • 3 appartiennent à divers propriétaires :
    • l'église de l'Ermitage,
    • la chapelle de l'institution Ste Foy
    • la chapelle de l'Evêché.
  • 6 sont la propriété de la Ville :
    • les Jacobins, ancienne chapelle du couvent des Dominicains, construite en 1249 et classée monument historique depuis 1904, église partiellement désaffectée en 1990 et qui sert depuis de lieu d'expositions prestigieuses.
    • le Sacré Coeur, acquise par la ville en 1892, pour compenser la destruction partielle de Ste Foy à l'occasion du percement du Boulevard Carnot (voir plus loin).
    • St Hilaire, l'ancienne chapelle des Cordeliers, classée Monuments historiques et qui fait l'objet actuellement d'importants travaux
    • ND du Bourg, (rue Montesquieu) à laquelle je voue une tendresse particulière très personnelle
    • la chapelle Ste Foy, ou du moins ce qu'il en reste après que le Maire d'Agen de l'époque l'ait partiellement rasée... pour percer le Boulevard Carnot et réaliser la Gare ! A l'époque, on ne s'embarrassait guère de précautions... Imaginez un peu le tollé que ça ferait aujourd'hui !
    • la chapelle de la Capelette, petite chapelle de l'ancien cimetière.

La Ville est donc propriétaire de 6 églises (celles qui existaient avant 1905) et, à ce titre, les échanges sont nombreux avec la Paroisse pour l'entretien de ces bâtiments communaux.

 

Autre exemple de débat avec l'évêque : le dialogue inter-religieux, fécond à Agen, et qui permet aux chrétiens, aux juifs et aux musulmans de cette ville de se rencontrer, de dialoguer au-delà de leurs différences, toutes actions qui participent au "vivre ensemble" et qui, à ce titre, intéressent au premier chef la municipalité.

 

Exemple encore avec l'aide apportée par la municipalité d'Agen aux écoles privées sous contrat d'association qui participent, pleinement à nos yeux, au service public de l'éducation.

 

Non, les sujets n'ont pas manqués...

 

Enfin, ce dialogue équilibré et serein avec l'évêque a aussi abordé la question du mariage, si vivement placé au coeur de l'actualité par les projets de réforme à venir et qui nous intéresse nous, élus municipaux officiers de l'Etat-Civil. Sur ce plan, l'hostilité de l'église (comme celle des autres religions d'ailleurs) est connue. Mais le débat d'aujourd'hui a permis un exposé d'arguments très éloignés des caricatures qu'on sert si souvent à l'opinion.

 

Franchement, même si je ne partage pas le point de vue de l'église sur ce point, je trouve ridicule et choquant qu'on lui dénie le droit, sur un sujet comme celui-là, à exprimer son point de vue, qui en vaut bien d'autres. Parmi d'autres autorités morales et philosophiques, l'Eglise a bien le droit de se faire entendre, n'en déplaise au terrorisme intellectuel du politiquement correct. Que d'intolérance !

 

Ce point de vue ne m'a pas empêché d'exprimer en municipalité devant l'évêque les raisons pour lesquelles je ne m'opposerai pas à la réforme et pourquoi je ne suis pas bouleversé par l'avènement du mariage entre personnes de même sexe. Je n'y reviens pas ici, m'étant déjà exprimé sur le sujet dans une chronique en juin dernier à laquelle chacun pourra se référer. L'honnêteté m'oblige à dire que ces propos n'engageaient que moi et que les points de vue, au sein de notre équipe municipale comme dans le reste du pays, sont... variés !

 

Mais, dans le même temps, je regrette que le gouvernement ait amené cette affaire avec infiniment de maladresse. De débat, il n'y en aura pas dans le pays au sujet du mariage entre personnes de même sexe. Il n'y en aura pas parce que le gouvernement a non seulement pris sa décision, mais a aussi annoncé son calendrier. Circulez ! Il n'y a rien à voir...

 

Ce déni de débat sur un sujet qui fait polémique quoi qu'on veuille en dire, ne va aboutir qu'à une montée de l'homophobie et à l'exacerbation de clivages dont nous aurions pu utilement nous passer. Mais dans l'euphorie de sa toute-puissance, le PS a le souci de mener des réformes "sociétales" clivantes qui permettront, espère-t-il, de masquer un temps les rudes réalités économiques et sociales...

 

Et faisant l'impasse sur ce débat, le gouvernement prend un autre risque : celui de passer sous silence les questions du devenir de la famille. Car même recomposées, même restructurées, même repensées, les familles, toutes les familles demeurent plus que jamais à mes yeux, des acteurs irremplaçables d'éducation, d'épanouissement et de cohésion sociale, des acteurs qui mériteraient mieux qu'un passage en force de plus.

 

Mais, ça non plus, manifestement, le gouvernement ne le sent pas...

 

 

Publié dans on en parle à Agen

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