La République des Ronds-Points confrontée au "coup d'après"

Publié le par Bernard LUSSET

Je répète souvent ce conseil à mes enfants : "quand tu es face à un choix, pense au coup d'après". Pas par cynisme ni excès de prudence, ni même pour refuser d'emblée l'audace d'une aventure, mais pour donner du sens et de la perspective à la décision qu'ils s'apprêtent à prendre. "Penser au coup d'après", j'ai la conviction que c'est non seulement une des conditions de l'efficacité et du progrès mais sans doute aussi celle du bonheur.

Au lendemain de l'intervention d'Emmanuel Macron, c'est ce même viatique que j'ai envie de partager avec les Gilets Jaunes et, au-delà d'eux, avec tous ceux qui ont exprimé ces dernières semaines leurs attentes, leurs inquiétudes et leurs colères.

D'abord parce que les réactions recueillies hier soir par les chaines d'info en continu sur les ronds-points traduisaient plus, on l'a bien senti, l'émotion collective de l'instant que la réflexion sur ce qui venait d'être dit. La déclaration du chef de l'Etat, qui relevait de l'exercice impossible, méritait pourtant plus d'attention que ces réactions à chaud, non seulement pour prendre la mesure des premières décisions annoncées à effet immédiat mais aussi pour examiner l'opportunité du débat national annoncé. Or, encouragés par les plus extrémistes en sous-main, aveuglés par leur défiance à l'égard des élus, chauffés à blanc par la déstabilisation -réelle- du pouvoir qu'ils ont obtenue et enhardis par cette seconde victoire, après l'abandon de la taxe carbone au 1er janvier, peu de Gilets Jaunes ont relevé la promesse présidentielle de grand débat.

Je crois qu'ils ont eu tort, surtout en prenant le temps de relire ce qu'a dit le chef de l'Etat à ce sujet :

"Nous devons assumer tous ensemble tous nos devoirs. Le devoir de produire pour pouvoir redistribuer, le devoir d'apprendre pour être un citoyen libre, le devoir de changer pour tenir compte de l'urgence de notre dette climatique et budgétaire.

Je veux que soient posées les questions qui touchent à la représentation ; la possibilité de voir les courants d'opinion mieux entendus dans leur diversité, une loi électorale plus juste, la prise en compte du vote blanc et même que soient admis à participer au débat des citoyens n'appartenant pas à des partis. Je veux que soit posée la question de l'équilibre de notre fiscalité pour qu'elle permette à la fois la justice et l'efficacité du pays. Je veux que soit posée la question de notre quotidien pour faire face aux changements climatiques : se loger, se déplacer, se chauffer. Et les bonnes solutions émergeront aussi du terrain.

Je veux que soit posée la question de l'organisation de l'Etat, de la manière dont il est gouverné et administré depuis Paris, sans doute trop centralisé depuis des décennies. Et la question du service public dans tous nos territoires.

Je veux aussi que nous mettions d'accord la Nation avec elle-même sur ce qu'est son identité profonde, que nous abordions la question de l'immigration. Il nous faut l'affronter. Ces changements de fond qui demandent une réflexion profonde et partagée, imposent un débat sans précédent".

Mine de rien, le chemin tracé là est d'une ambition jamais atteinte pour un Président en exercice, les chantiers à ouvrir sont d'une ampleur inédite, propre à refonder quelque chose, avec une volonté affichée que ce débat ait lieu non seulement avec les corps intermédiaires mais aussi au plus près du terrain. Pourvu que chacun y prenne sa part. Or, chacun constate qu'insensiblement, les forces politiques les plus jusqu'au-boutistes (France Insoumise, Rassemblement National, ...) infiltrent le mouvement des GJ pour mieux le pousser dans l'impasse de tous les blocages, de tous les refus : les professionnels de l'agitation sont à l’œuvre...

Si les Gilets Jaunes refusent de penser au "coup d'après", s'ils demeurent sans représentants désignés, sans mise en ordre de leurs revendications, sans volonté de débattre, s'ils restent prisonniers de leurs sentiments immédiats, alors ils passeront à côté de l'essentiel de leur combat. Ce serait d'autant plus dommage que figure dans les chantiers ouverts par le Président de la République celui de l'équité, qu'elle soit sociale, fiscale ou territoriale : or, cette question est devenue centrale en raison de décennies d'empilements administratifs qui n'ont cessé de renforcer les injustices de toute nature. Ne pas saisir cette opportunité serait une faute collective majeure, un défi au bon sens.

Les Français que je rencontre, même parmi les mieux disposés à l'égard des Gilets Jaunes, ne leur pardonneraient pas de privilégier le désordre au débat, le chaos à la recherche de solutions. Car si la défiance à l'égard des politiques est grande chez nos compatriotes, chacun comprend que si les quelques centaines de milliers de Gilets Jaunes venaient à être plus forts que le vote démocratiquement exprimé par les citoyens l'année dernière, nous basculerions alors dans un monde incertain dont, j'en ai l'absolue certitude, les Français ne veulent à aucun prix, n'en déplaise aux rêves de désordre des Mélenchon ou autre Le Pen.

Gare aux retournements d'opinion : la République des ronds-points est désormais confrontée au "coup d'après".

La République des Ronds-Points confrontée au "coup d'après"

Publié dans on en parle partout

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A
Ils ne pensent pas au coup d'après... vraiment???

https://www.youtube.com/watch?v=9_XTrTZ12Cg&feature=youtu.be&fbclid=IwAR0_YYymsBS-O5w3aUUsjdp0NmU-r6-9KJO4e8elN9Etw7B8o65MNy3yepw
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B
Russia Today ? Vous avez de curieuses sources d'information et d'inspiration !!
Assez tordant comme réponse, M (ou Mme) le courageux anonyme...