A propos de l'accueil des migrants à Agen

Publié le par Bernard LUSSET

A propos de l'accueil des migrants à Agen

Si j'étais méchant, je parlerais d'un parfait numéro de faux-cul. Parlons plutôt d'une confondante naïveté et d'une surprenante méconnaissance de la ville. Voilà à quoi on a eu droit en Conseil municipal ce lundi de la part des élus de gauche rassemblés derrière Jean-Philippe Maillos, devenu l'improbable leader de la gauche municipale après le retrait -sans démission- d'Emmanuel Eyssalet, son chef de file historique. Lequel a choisi, déménageant sur Bordeaux et n'assistant plus aux Conseils, d'en conserver néanmoins son mandat, au risque de rejoindre les élus Front national dans leurs records d'absentéisme : curieuse conception du respect dû aux électeurs. Mais passons et revenons au fond de l'affaire.

La Ville a été informée de la vente d'un immeuble propriété de l'Evéché, rue Joseph Bara, au profit de l'association La Sauvegarde qui projetait d'implanter là un accueil d'une quarantaine de migrants mineurs. La Ville, considérant que ce site était une opportunité foncière importante dans le cadre de son plan d'action en faveur de la réoccupation du coeur de ville, a pris la décision de préempter et, donc, de se porter acquéreur de ce bien.

Jamais avare d'un effet de manche, Jean-Philippe Maillos y est allé de son couplet, s'étonnant que notre équipe municipale rejette ainsi l'accueil d'un tel centre dans la commune. Emporté dans son élan, Maillos a fait mine de réduire le débat à cette alternative : soit on approuve le projet de la Sauvegarde à cet endroit-là, soit on s'oppose à la création d'un centre d'accueil pour jeunes migrants à Agen. Sauf que...

Sauf que la Ville d'Agen mène une action discrète mais constante, jour après jour, en faveur des plus démunis. Et Baya Kherkhache, notre adjointe à l'action sociale, a bien fait de rappeler combien les situations humaines les plus lourdes se retrouvent déjà en coeur de ville. La mixité sociale, que nous appelons tous de nos voeux, ne consiste pas à "alourdir la barque" du coeur de ville, même si cette expression fait hurler les bien-pensants.

Sauf que, comme le rappela à juste raison Jean Dionis, lorsque le gouvernement de François Hollande fit appel à la bonne volonté des villes de France après la fermeture de la jungle de Calais, Agen fut une des villes -pas si nombreuses- qui se proposèrent pour accueillir des migrants. Ce que nous avons fait, avec bonheur et naturel. Et quand je croise le seul qui est resté chez nous, sa femme et sa fille qui l'ont rejoint avec notre aide, quand je constate leurs progrès communs dans l'apprentissage du français, quand je vois qu'ils ont trouvé un travail, que leur petite fille suit une scolarité méritante, je suis heureux de l'engagement municipal d'Agen. Alors, les leçons de Maillos et de ses amis ne peuvent tomber plus mal sur ce sujet...

Sauf que la Ville a engagé avec l'association La Sauvegarde -que nous connaissons bien et que Ville et Agglo soutiennent financièrement de manière importante- des échanges pour trouver un point de chute foncier qui réponde au mieux à ses attentes : il ne faudra pas longtemps pour que l'aboutissement de ces échanges soit rendu public.

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Loin des tirades mailloïstes, il faut rappeler l'attitude constante de la municipalité d'Agen. Nous ne sommes pas de ceux qui nient la réalité des mouvements migratoires présents et à venir. Ni les risques, ni les opportunités qu'ils représentent. Et nous pensons, décisions à l'appui, qu'Agen parmi d'autres doit prendre sa part de l'accueil dû aux demandeurs d'asile qui ont pour la plupart vécu l'enfer avant d'arriver jusqu'à nous et qui, pour leur immense majorité, n'aspirent qu'au bonheur simple d'une vie tranquille, sûre et digne.

Mais ce serait folie que cet accueil se fasse au détriment des équilibres d'une ville déjà grandement frappée par la pauvreté et les difficultés sociales. Nous sommes nombreux au sein de la majorité municipale à avoir franchi le seuil de façades insoupçonnables en coeur de ville et d'y avoir découvert des situations d'une pauvreté qu'on croirait venue des tréfonds de notre histoire. Et on sait ce qu'il advient de ces situations : en quelques années -que dis-je, en quelques mois- il faut peu de choses pour qu'avec la complicité de propriétaires peu scrupuleux -car il y en a- toute une rue, tout un quartier voient leur environnement économique et social se dégrader et que se constitue un véritable ghetto urbain.

Le coeur de ville -plus que d'autres quartiers- connait de telles situations. Et le travail de notre équipe, en tout cas tel que nous le concevons, est d'être les garants d'une vrai mixité sociale. Pas celle des grands discours creux, mais celle qui se vit au quotidien dans nos immeubles et dans nos rues. Ce travail relève de la dentelle fine, pas des déclarations péremptoires d'un élu moins intéressé par ce genre de réalités que par le nombre et la longueur des articles de presse consacré à ses saillies (il a dû être content, d'ailleurs : le buzz paie toujours, manifestement).

J'ai du respect - beaucoup de respect- pour le militant Maillos, porteur de convictions souvent différentes de celles que je porte. Mais son discours sur le sujet traduit soit un aveuglement dogmatique qui lui fait ignorer les réalités profondes d'Agen, soit un cynisme militant à toute épreuve qui ne l'honorerait pas (et auquel je ne crois d'ailleurs guère).

Mais, dans un cas comme dans l'autre, rien qui puisse susciter l'adhésion : Maillos était d'ailleurs bien seul à la table du Conseil et quelques post sur les réseaux sociaux n'y changent rien.

Publié dans on en parle à Agen

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