Vigilance et réconciliation

Publié le par Bernard LUSSET

L'attentat de la Préfecture de Police de Paris a traumatisé tout le monde. La communication hésitante du Gouvernement puis l'appel du Président de la République à une société de vigilance ont relancé le sempiternel débat sur l'islam en France. Et une provocation stupide d'un élu régional du RN aura finalement suffit pour ré-embraser la polémique, comme si la seule évocation de l'islam faisait perdre toute capacité de raisonnement serein à une société française décidément bien peu sûre d'elle-même.

On sait pourtant ce qu'il en est : les Français qui vivent pour l'essentiel de manière apaisée, indifférente même souvent, quelles que soient leurs convictions philosophiques et leurs parcours de vie, ont un profond besoin de réconciliation, de paix civile, un besoin d'avancer ensemble. L'appel à la vigilance du chef de l'Etat, devant la dépouille des policiers assassinés par un de leurs collègues, n'était pas antinomique de ce besoin de réconciliation. D'ailleurs : qu'a dit Emmanuel Macron dans la cour de la Préfecture de Police ?

L'administration seule et tous les services de l'Etat ne sauraient venir à bout de l'hydre islamiste. Non c’est la Nation toute entière qui doit s’unir, se mobiliser, agir. Nous ne l’emporterons que si notre pays qui est venu à bout de tant et tant d’épreuves dans l’histoire se lève pour lutter contre cet islamisme souterrain qui corrompt les enfants de France.

Une société de vigilance voilà ce qu’il nous revient de bâtir. La vigilance, et non le soupçon qui corrompt. La vigilance : l’écoute attentive de l’autre, l’éveil raisonnable des consciences. C’est tout simplement savoir repérer à l’école, au travail, dans les lieux de culte, près de chez soi les relâchements, les déviations, ces petits gestes qui signalent un éloignement avec les lois et les valeurs de la République

extrait du discours du Président de la République en hommage aux victimes de la Préfecture de Police

Comment ne pas saluer l'esprit de mesure et d'équilibre de la parole présidentielle ? La nécessaire lucidité du regard individuel et collectif face au danger fondamentaliste, le refus de confondre musulmans et islamistes, la nécessité d'une contribution citoyenne à notre précieuse sécurité commune, le refus du soupçon : tout y est, soigneusement pesé.

Mais les extrémistes pourtant se déchainent, complaisamment relayés par la machine-à-buzz : les uns en profitent pour dénoncer l'inaction d'Etat face à une supposée invasion rampante des esprits, les autres hurlent à la stigmatisation d'une communauté, les deux parties s'entendant comme larrons en foire pour entretenir le foyer d'exaspération et mélanger, hors de toute intelligence rationnelle, immigration, insécurité, terrorisme, islam, tenues vestimentaires, espace public, service public et vie privée.

Au-delà de la question du foulard, l'esprit de radicalité, on le voit, envahit tout l'espace public, toute la pensée publique : l'islamophobie maladive des extrémistes de droite, le communautarisme victimaire de quelques-uns, le totalitarisme écolo-nihiliste de quelques autres, la collapsologie rampante d'autres encore : nous sommes devenus dingues !

Redevenons sérieux un instant. Je le dis tranquillement autour de moi très souvent : pourquoi se sentir blessé à la vision d'une femme portant un simple foulard sur la tête ? Pourquoi vouloir à toutes forces voter un texte de plus alors que notre législation a su trouver un relatif équilibre entre les traditions dont nous sommes les héritiers et la société française telle qu'elle est aujourd'hui ? Et pourquoi faut-il que revienne encore ce vieux canard des mamans accompagnatrices des sorties d'école, question intelligemment tranchée par le Conseil d'Etat ?

A l'inverse, pourquoi tomber sur le rable du Ministre de l'Education nationale quand, en phase avec la position gouvernementale de refus d'une nouvelle loi sur le sujet, il exprime sa vision d'une femme libérée des pesanteurs culturelles ? Il ne dit rien d'offensant tout de même ! Et qui écoute un Tareq Obrou (grand Imam de Bordeaux) qui rappelle sans cesse que les textes auxquels font référence les fondamentalistes religieux n'ont jamais imposé telle ou telle tenue vestimentaire mais ont seulement prôné une certaine pudeur, laquelle doit être replacée évidemment dans le contexte de l'époque et comparée aux textes bibliques qui n'étaient pas si différents ?

Seulement voilà : y-a-t-il encore en France la place pour un débat serein et apaisé, sur cette question comme sur tant d'autres ? J'en viens à en douter. Mais si nous laissons la cohésion républicaine exploser en plein vol sur un sujet pareil, alors je ne donne pas cher de notre capacité à surmonter les défis à venir, autrement plus sérieux et lourds de conséquence que la tenue vestimentaire d'une maman accompagnant les enfants, dans le respect des lois en vigueur...

Et on voudrait que la loi sélectionne les "bons" et les "mauvais" foulards ? Bon courage !

Et on voudrait que la loi sélectionne les "bons" et les "mauvais" foulards ? Bon courage !

Publié dans on en parle partout

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