A propos des adjoints aux finances

Publié le par Bernard LUSSET

Je reproduis ci-dessous un article paru ce jour dans la Gazette des Communes sous la plume de Frédéric Ville.

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La campagne municipale bat son plein. Mais pour les candidats, à quelques semaines du premier tour du scrutin, c’est déjà le moment de réfléchir à son éventuel futur adjoint aux finances. Enquête sur la difficulté de trouver le bon candidat à ce poste stratégique.

A quelques semaines des élections municipales, il est temps pour les candidats au poste suprême de maire de commencer à réfléchir à leurs futurs adjoints en cas de victoire. Hormis les rares cas où le maire s’occupe lui-même des finances, ce choix s’avère souvent difficile car stratégique.

Un possible successeur

Pour Antoine Homé, maire de Wittenheim (14 589 hab., Haut-Rhin), «la délégation est stratégique car elle donne une vision panoramique de la vie communale. De fait, l’adjoint aux finances n’est jamais le neuvième ou dixième adjoint, mais plutôt le premier ou le second». L’enjeu est de taille car le poste peut constituer un tremplin pour être un jour maire à son tour.

C’est particulièrement compliqué dans les communes rurales selon Denis Durand, maire de Bengy-sur-Craon (663 hab., Cher), président des maires ruraux du Cher et membre du Comité des finances locales : «Ici, le plus difficile, c’est de trouver des colistiers : aujourd’hui pour en trouver un, il faut en contacter quatre ; il y a 12 ans, c’était plutôt un sur deux».

Appétence pour les chiffres

Mais qu’attend-on au juste d’un adjoint aux finances ? Ce doit être quelqu’un qui ne supporte pas l’approximation et qui a une appétence pour les chiffres. «Très souvent, l’adjoint aux finances est ou a été professeur d’économie, comptable, banquier, ingénieur…», note Antoine Homé. Cela suffit-il pour autant ? Non pour Philippe Laurent, secrétaire général de l’AMF : «On n’est pas performant parce qu’on a fait de la finance dans une entreprise. Les finances publiques, ce n’est pas la même chose».

Louis Giscard d’Estaing, maire de Chamalières (17 173 hab., Puy-de-Dôme) acquiesce : «Je suis issu du monde de l’entreprise, mais on ne peut pas appliquer les mêmes règles dans la comptabilité publique où il n’y a par exemple pas d’amortissements. Mon adjoint aux finances, un universitaire en sciences économiques, a une connaissance plus directe que moi de la comptabilité publique».

Antoine Homé tempère : «Souvent on est conseiller municipal avant, ce qui laisse le temps de participer à des commissions finances, de préparer un budget. Ce n’est qu’ainsi expérimenté qu’on passera alors adjoint aux finances». In fine, «l’adjoint aux finances est quelqu’un sur qui le maire peut avoir une confiance absolue», poursuit le maire de Wittenheim. «Il doit avoir une relation directe avec le maire», complète Denis Durand.

Et Bernard Lusset d’illustrer ces propos : «Le maire m’a demandé en 2008 d’être son adjoint aux finances et aux ressources humaines (RH), alors qu’on se connaissait depuis 20 ans, lui comme Directeur général des services (DGS) et moi comme directeur de cabinet à la mairie d’Agen. Il appréciait en moi loyauté, liberté de ton et d’action»

Une fonction souvent assez solitaire

L’adjoint aux finances doit être polyvalent car il cumule régulièrement deux casquettes. Ainsi, Bernard Lusset est adjoint aux finances à la mairie d’Agen (33 576 hab., Lot-et-Garonne), mais aussi à la commande publique. L’adjoint aux finances de Chamalières (17 173 hab., Puy-de-Dôme) a aussi le sport. Antoine Homé était, avant d’être maire en 2001, adjoint aux finances et à l’économie.

Dans la préparation de l’élaboration budgétaire (fonctionnement et investissement), il doit également discuter avec tous les autres adjoints en charge des politiques publiques et avec les services. En tenant compte de l’éventuelle nécessité de désendettement. "Avant que les propositions ne me remontent, il aura demandé la justification des dépenses proposées et cherché de premiers arbitrages : acceptation, différé, refus", explique le maire de Chamalières, Louis Giscard d’Estaing. "L’adjoint aux finances prendra garde à la tendance naturelle des services à dépenser autant sinon plus chaque année : il doit se souvenir d’une dépense exceptionnelle et de son année d’imputation".

La fonction peut être assez solitaire. «Il est le seul à ne pas défendre des projets, le seul à dire : attention ! Pour ne pas finir aigri, j’ai partagé la stratégie budgétaire avec mes collègues élus de sorte que chacun soit garant de cette stratégie», observe Bernard Lusset. Mais il ne s’agit pas de bien gérer pour bien gérer, «mais pour être à même de mener des politiques publiques pour les habitants», complète Antoine Homé.

L’adjoint aux finances doit pouvoir aussi comparer sa commune à celles de même strate en matière de masse salariale, d’endettement, d’imposition, etc : là encore, pour évaluer les investissements possibles. Il sera capable de négocier un prêt ou sa renégociation avec les banques. Enfin, «il doit être capable d’une analyse prospective, avoir deux-trois ans d’avance en somme», rappelle Bernard Lusset.

Ne pas se « faire manger » par ses services

Il n’est pas rare d’avoir besoin de formation. «Dans nos communes rurales, on trouve des gens prêts à s’ouvrir à des compétences nouvelles et à suivre une formation, finançable par le Droit individuel à la formation géré par la Caisse des dépôts et consignations. Comme l’équipe sortante a le plus souvent établi un budget pour l’année en cours, cela laisse un peu de temps pour progresser», affirme Denis Durand. Au fil de l’eau, un bon adjoint aux finances suit aussi l’actualité, chaque loi de finances, les conséquences de la suppression de la taxe professionnelle, etc. Sans compétence ni appétence pour les finances, Bernard Lusset explique avoir beaucoup lu.

L’adjoint aux finances pourra aussi compter sur son directeur des finances ou/et son DGS, voire sa secrétaire de mairie. «Les deux premiers sont compétents, ils se renseignent, ils ont souvent un master dans le domaine», observe Antoine Homé. En zone rurale, « les secrétaires de mairie ont des compétences en comptabilité. On peut aussi solliciter en début de mandat un rendez-vous avec son percepteur qui a un rôle de conseil, maîtrise l’utilisation des ratios et pourra faire un mini-audit. Dans ce cas, il est conseillé de lui verser une indemnité, avec un barème (30 à 60 % par exemple), fonction des recettes de la communes sur trois ans», suggère Denis Durand.

Attention toutefois, l’adjoint aux finances ne doit pas se «faire manger» par ses services. "Dans les petites collectivités, ce sont bien l’adjoint aux finances et le maire qui décident", observe Antoine Homé, "dans les grandes, effectivement, il y a un risque. A l’élu d’exercer son pouvoir : s’il porte un projet, passe le temps nécessaire, il n’y a pas de problème".

Bernard Lusset explique se réunir toutes les semaines avec sa directrice des finances et son chef de services finances : «C’est bien l’adjoint aux finances en lien avec le maire qui décide, mais il ne doit pas pour autant jouer au super chef de service». Et que faire en cas de désaccord avec le maire ? «J’aurais rêvé qu’on baisse la dette, mais les finances, c’est une délibération collective", note Bernard Lusset. "On a réglé nos divergences en tête à tête et jamais en public".

Le maire reste bien le patron.

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Publié dans on en parle partout

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