Une question de démocratie

Publié le par Bernard LUSSET

On ne dira jamais assez à quel point les membres des forces de l'ordre font un métier difficile. C'était déjà vrai en temps ordinaires mais la multiplication des faits de désordres publics ces dernières années a rendu le quotidien de leur métier quasi-surhumain. Petite délinquance, grand banditisme, lutte contre le terrorisme, quartiers perdus de la République, violences faites aux femmes, sécurisation des manifestations, protection des particuliers et des lieux sensibles : ils doivent être sur tous les fronts en même temps, sans que les moyens humains et matériels soient toujours à la hauteur des tâches.

Policiers et gendarmes sont en outre confrontés sur le terrain à des oppositions de plus en plus structurées et déterminées, à l'image des black blocs ou encore des véritables guets-apens dans lesquels ils sont parfois entrainés. Sans même parler des actes quotidiens de rébellion face à l'autorité. Oui, on demande beaucoup à nos forces de l'ordre. C'est pourquoi celles et ceux qui assument cette difficile mission doivent recevoir notre soutien le plus fort et le plus unanime, eux qui sont autorisés -et eux seuls- à user de violence parce qu'ils le font au nom de la Loi, de l'ordre public et, au fond, en notre nom à tous. Ce soutien ne peut être compté.

Mais la confiance unanime accordée par la Nation aux femmes et aux hommes qui incarnent la tranquillité publique leur crée aussi des devoirs particuliers : ils doivent strictement s'en tenir à ce que la Loi autorise et le faire sous le contrôle -et quand c'est justifié la sanction- de la justice. Or circulent actuellement des vidéos qui témoignent de situations inacceptables dans lesquelles des membres des forces de l'ordre se livrent à des violences qui ne peuvent être admises dans un état de droit. La vidéo ci-dessous dit l'importance du sujet :

Ces images ne suffisent pas à dire de la police qu'elle serait intrinsèquement violente, elle qui demeure profondément républicaine et attachée à l'Etat de droit. Mais nier ces débordements scandaleux serait une faute grave. Leur sanction doit être aussi implacable et certaine que notre soutien doit être entier.

Pour que s'exerce la sanction, les images s'avèrent souvent indispensables non seulement pour établir la vérité des faits mais aussi pour trancher la question délicate des témoignages contradictoires entre policiers et agressés, parole contre parole.

C'est la raison pour laquelle l'article 24 du projet de loi sur la sécurité globale actuellement débattu au Parlement suscite tant de réactions. Que dit cet article ? Dans sa rédaction actuelle, il prévoit de pénaliser d'un an de prison et 45.000 euros d'amende la diffusion de «l'image du visage ou tout autre élément d'identification» d'un policier ou d'un gendarme en intervention lorsque celle-ci a pour but de porter «atteinte à son intégrité physique ou psychique».

La diffusion des images de la vidéo ci-dessus deviendrait donc interdite de fait si le texte était définitivement adopté. Devant le tollé suscité par ce projet de texte, le premier Ministre a d'ores et déjà annoncé qu'il saisirait lui-même le Conseil constitutionnel. Piteux et tardif rétropédalage...

Franchement, les forces de l'ordre n'avaient pas besoin de cette balourdise gouvernementale (qui sera sans doute finalement abandonnée) parce qu'elle conforte les discours haineux largement diffusés contre nos policiers et gendarmes. Rien ne serait pire que de donner le sentiment de vouloir transformer les policiers en acteurs intouchables. C'est vrai de la loi. Ca l'est aussi des consignes données par les autorités hiérarchiques et gouvernementales.

Les forces de sécurité sont constitués d'hommes et de femmes engagés et courageux au service des autres. Comme tout groupe humain, certains de leurs membres peuvent commettre des fautes, voire pire : ces comportements doivent être sanctionnés avec sévérité. La confiance de la Nation envers ses forces de l'ordre est à ce prix. La préservation de leur autorité aussi.

C'est enfin une question de sauvegarde d'un modèle démocratique auquel nous sommes tous attachés.

PS : le Premier Ministre avait annoncé qu'il saisirait le Conseil constitutionnel sur l'article 24, dans un rétro-pédalage déjà un peu étonnant. Le voilà qui annonce maintenant la création d'une commission indépendante présidée par Jean-Marie Burguburu, le président de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), laquelle commission serait chargée de proposer une nouvelle rédaction de l'article 24. Le tout en pleine navette parlementaire : les présidents des deux Chambres ont eu beau jeu de crier au dessaisissement du Parlement et de rappeler que lui seul écrit et vote la Loi. Face à ce tollé généralisé, les sanctions déjà annoncées à l'encontre des policiers incriminés dans "l'affaire Michel Zeclerc" ne pèseront guère, surtout si l'exécutif continue de multiplier ainsi les couillonnades.

Il y a des moments où seul le recul est digne, à condition de ne pas trop tarder.

Publié dans on en parle partout

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Jonathan Biteau 26/11/2020 15:23

Bien écrit. J’approuve le fond et la forme. Merci Bernard.

André Gounou 26/11/2020 15:22

Il s'agit d'une proposition de loi émanant de deux députés de la majorité dont Jean-Michel Fauvergue ancien commissaire chef du Raid. Une réaction aussi légitime soit-elle ne fait pas texte de loi. Cela ne fait que stigmatiser les forces de l'ordre. Par contre il serait souhaitable que la justice soit moins indulgente à l'égard de celles et ceux qui ne respectent pas policiers et gendarmes. L'arsenal juridique est suffisant.