Comment j'ai râté Giscard

Publié le par Bernard LUSSET

C'est grâce à l'abaissement de l'âge de la majorité à 18 ans, réforme portée par Giscard dès son élection en 1974, que j'ai pu voter pour la première fois à 19 ans. C'était... en mai 1981. Lui ai-je à cette occasion témoigné ma gratitude alors qu'il sollicitait le renouvellement de son septennat ? Même pas. Il faut dire que pour beaucoup de ma génération, Giscard incarnait à ce moment-là le passé. Par quelle illusion d'optique ai-je alors trouvé des signes de modernité chez un François Mitterrand dont le cuir politique s'était tanné au soleil depuis la IVème République ? Quarante ans plus tard, je me pose encore la question !

Quoi qu'il en soit, j'ai "râté" Giscard en 1981.

Battu par Mitterrand, à sa sortie de l'Elysée VGE a 55 ans. Trop jeune pour arrêter ? Trop vieux pour se reconvertir ? Il repart sur le terrain politique dès l'année suivante. Il se fait réélire dans le Puy de Dôme, comme conseiller général d'abord puis comme député. Puis à la Région qu'il présidera, tout en faisant un petit tour au Parlement européen. Inédit retour en politique  pour un ancien Président : fallait-il y voir la marque d'une humilité républicaine louable au service de ses compatriotes ou celle d'une dépendance existentielle à la politique ? J'ai plutôt senti chez lui une incapacité à décrocher qui ne me l'a pas rendu très sympathique.

Bref, bien que centriste, je n'ai jamais souscrit au giscardisme.

Malgré tout, son exceptionnelle culture et son intelligence fulgurante ont forcé mon admiration. Elles rendaient même sympathique son humour si étrangement décalé. Mais surtout, sa foi inextinguible en la construction européenne, sa lucidité sur les difficultés de l'exercice et son implication personnelle au service de cette cause méritent que lui soit exprimée la reconnaissance des militants de l'Europe dont je fais partie.

Alors, même si je l'ai "raté" dans mon parcours de vie, je salue le grand homme que fut Valéry Giscard d'Estaing.

Publié dans on en parle partout

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