A propos du scrutin de dimanche

Publié le par Bernard LUSSET

La réélection d'Emmanuel Macron dimanche par le vote de 38,5% des électeurs inscrits m’amène à faire trois remarques préalables :

  1. On pourra afficher autant de fois qu’on le veut le nombre de bulletins nuls ou blancs ou des abstentions : ce sont bien les électeurs qui se sont exprimés -et eux seuls- qui ont fait la décision. Les autres ont certes la liberté de ne pas participer mais du coup, leur avis n’est pas pris en compte. Et il ne le sera jamais car quel que soit le mode de scrutin, le choix d’un représentant en passe forcément par là, malgré les fadaises que certains distillent.
  2. Faut-il appeler ça « front républicain » ou en rester à la vieille formule qu'on prête à Guy Mollet « Au premier tour, on choisit. Au second tour, on élimine » ? Toujours est-il que, comme à chaque élection à deux tours, les électeurs ont exprimé au second leur préférence face à choix qu’ils avaient eux-mêmes dessiné au premier par leur vote.
  3. On le verra sur le graphique ci dessous : en obtenant le vote de seulement 38,5% des électeurs inscrits, Macron 2022 a rassemblé sur sa candidature un peu moins de Français que Hollande et nettement moins que Sarkozy, Chirac et lui-même en 2017. Comment ne pas s'interroger ?

Est-ce à dire que notre Président est le seul responsable d’un tel désamour ? Ce serait assurément excessif mais il ne le serait pas moins de l'exonérer d'une responsabilité qui, selon ses propres termes « l’engage » pour ce second mandat. Quelques remarques que m'inspire la situation.

Sur la perte de confiance à l’égard de la politique et ceux qui la servent

Nous sommes entrés dans l’ère du grand soupçon, où nulle voix n’est plus considérée comme supérieure aux autres, où tout se vaut, où la conviction immédiate l’emporte sur le raisonnement construit. Ainsi sommes nous devenus : des esprits plus éclairés que le mien tentent d'analyser les raisons de cette évolution qui ne date pas d'aujourd'hui. Mais, dans un tel contexte, il arrive à Macron ce qui arrivera sans doute à son successeur dans cinq ans si rien ne change.

Mais c'est bien Macron lui-même qui évoquait en octobre 2016 (voir l'interview dans Challenges) l'utilité d'un "président jupitérien". Elu, il a exercé son mandat à la manière d’un capitaine d’industrie décidant de tout, tout le temps, assumant tout, en première ligne tout le temps. Emmanuel Macron a eu de mon point de vue une lecture erronée, trop présidentielle, de notre constitution et il récolte aujourd’hui les fruits de cette erreur : il n'est pas étonnant qu'un sondage indique aujourd'hui que 55% des Français considèrent que sa réélection est... une mauvaise chose pour le pays ! Vous avez dit "état de grâce" ?

Sur la reconquête des citoyens par la politique et ceux qui l’incarnent.

Jusqu’où irons nous sur cette pente glissante du désenchantement ? Quel pouvoir soumis à une telle défiance pourrait conduire la politique d'un pays ? Je livre ici à ce sujet quatre réflexions simples.

  • Pas de fatalité : exemples étrangers

En matière de vie politique, nous pourrions regarder utilement ce qui se passe ailleurs. Il y a, pas loin de chez nous, bon nombre de pays où les responsables politiques se baladent librement dans la rue, sans cortège ni motards et sans subir pour autant les foudres de leurs compatriotes. Je pense notamment aux pays nordiques qui feraient bien de nous inspirer sur la place que les citoyens élus devraient occuper. Un peu de simplicité ferait du bien à tout le monde.

  • Pour une vision moins présidentielle

Il y a un vrai courage chez Emmanuel Macron à assumer d’être responsable de tout puisqu’il est l’élu de tous. Mais ne nous leurrons pas : il y a aussi une part de narcissisme institutionnel et personnel malsain qui fragilise au final l’action publique.  Si nos institutions ont prévu deux têtes à l’exécutif, c’était justement pour qu’entre les deux s’opère un réel partage des tâches et des responsabilités. A vouloir s’exposer à tout propos et décider de tout sans que les contre pouvoirs puissent s’exercer, Emmanuel Macron a amplifié à l’excès un déséquilibre institutionnel dommageable pour notre démocratie.

  • Pour une action publique plus efficace et plus transparente

Au-delà des hommes et des institutions, c’est bien l’action publique qui est remise en cause par beaucoup de citoyens, faute d’efficacité mesurée et de transparence. Des générations de politiques se sont succédé en dénonçant notre sur-administration mais qu’ont-ils fait pour que ça change vraiment ? Pas grand-chose en vérité. Il y a trop d'écart entre les discours et leurs traductions concrètes ressenties dans la vie des gens. Moins annoncer, moins d’ambition démesurée et davantage d’humilité et de transparence permettraient certainement d’accroître la confiance des citoyens dans l’action publique. 

  • Pour des citoyens plus engagés

Il serait démagogique d’exonérer les citoyens que nous sommes de la part du travail qui nous revient pour restaurer une confiance nouvelle envers la politique. Quelle part chacun de nous prend il à l’action collective ? Quelle contribution citoyenne mettons-nous sur la table de la République ? Nous ne pourrons pas longtemps faire l'impasse sur cette introspection.

Au moment de quitter mes fonctions municipales et de saluer les nouveaux élus, j'écrivais ici il y a deux ans : "Nos nouveaux élus vont devoir faire preuve d’une sensibilité, d’une humilité et d’une élasticité intellectuelle auxquelles aucun de leurs prédécesseurs n’a été confronté. (...) Nos nouveaux élus vont devoir comprendre le nouvel environnement démocratique dont ils vont être les acteurs et accepter d'abandonner quelques-unes de leurs certitudes".

Je ne pense rien de différent pour le pays. Je nous souhaite un mandat présidentiel qui prenne la juste mesure des défis qui nous attendent.

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