Petite chronique des législatives (1)

Publié le par Bernard LUSSET

Regain de participation ? Il faut reconnaitre à Mélenchon une vertu : il redonne en ce printemps de l'intérêt à la vie politique et il est bien possible que, grâce à lui, les prochaines législatives ne subissent pas la grande indifférence citoyenne à laquelle elles étaient promises. Il vaudrait mieux pour lui d'ailleurs car si l'abstention demeure élevée en juin, son pari d'entrer à Matignon, si c'est vraiment son objectif, risque fort d'être perdu.

Le rejet, moteur de l'union. Les leaders socialistes, communistes et Verts ont donc choisi de mettre de côté ce qui les séparait de LFI pour rejoindre la grande Union de gauche. "Pour un plat de lentilles" comme on l'entend ici ou là ? Ce n'est pas la première fois qu'on voit une alliance un peu baroque émerger avant une échéance électorale. Ce qui pose davantage question dans la NUPES, c'est le moteur même de son existence : la détestation de Macron et de sa politique, qui serait sans doute un moteur très insuffisant pour gouverner en cas de victoire.

Effervescence. Le happening médiatique autour de la NUPES me fait furieusement penser au même mouvement qui fit de Zemmour, un temps, le favori de la présidentielle : on sait ce qu'il en est advenu. Passé l’emballement initial, arrive un principe de réalité : cette gauche ainsi réunie a assez peu de chances d’inverser la règle constatée selon laquelle les Français donnent, logiquement, une majorité au Président qu’ils viennent d’élire. Mais il est médiatiquement trop tôt, manifestement, pour rappeler cette évidence.

29 %. Aux législatives, seuls les candidats ayant obtenu au moins 12,5 % des inscrits au premier tour peuvent se présenter au second. Or, en vingt ans, l'abstention a été en moyenne de 43,9 % pour ces élections. Même si la participation restait à ce niveau moyen cette fois-ci, seuls les candidats ayant obtenu 22,38 % des suffrages exprimés au premier tour pourraient se maintenir au second. Se souvenant qu'Emmanuel Macron, bien qu'arrivé en tête, n'a obtenu que 27,8 % des suffrages exprimés lors du premier tour de la présidentielle, on peut légitimement penser que les places au second tour vont être chères dans beaucoup de circonscriptions.

577 élections. La loi étant bonne fille, elle prévoit qu'à défaut de franchir ce seuil des 12,5 % d'inscrits, sont qualifiés pour le second tour les deux candidats arrivés en tête au premier, quel que soit leur score. Compte tenu de l'existence de trois blocs (Macron/Le Pen/ Mélenchon) de tailles sensiblement comparables, ces législatives qui sont en réalité 577 élections différentes promettent une grande incertitude jusqu'au bout. D'autant que si la désignation des candidats de la NUPES a finalement fait l'objet d'un consensus douloureux dans les états-majors parisiens, la divulgation du nom des heureux élus (ou plutôt : désignés) dans chaque circonscription est loin de faire l'unanimité sur le terrain. Les candidatures de gauche hors NUPES pourraient se multiplier.

Hung parliament ? Emmanuel Macron réussira-t-il à obtenir la majorité à l'Assemblée et, si oui, dans quelles proportions ? Allons nous au contraire vers une cohabitation qui supposerait qu'une des oppositions (RN ou LFI) l'emporte à elle seule ? Faut-il plutôt s'attendre à un "hung parliament" comme me l'a soufflé un ami cher ces jours-ci, c'est-à-dire à une absence de majorité à l'Assemblée qui fragiliserait toute prise de décision de politique publique ? Tous ces scénarios sont en réalité sur la table, donnant aux élections des 12 et 19 juin une importance particulière qui justifierait que chacun de nous, ces deux jours-là, accomplisse en conscience son devoir citoyen. 

Discrétion. Après la lourde chute électorale de leur candidate, il semble que les candidats Les Républicains ont fait le choix du retour sur le terrain mais aussi de la plus grande discrétion dans l'expression de leur appartenance partisane. Ainsi Aurélien Pradié, jeune député sortant LR du Lot qui a même renoncé à faire figurer son appartenance politique sur ses affiches de campagne. Pas un logo, pas une référence aux Républicains. "Député de tous les Lotois" : c'est sympathique mais ça dit peu de choses des votes qu'exprimera le candidat, une fois élu. Vae victis décidemment. 

Enthousiasme. Les mines renfrognées d’Edouard Philippe et François Bayrou lors du lancement de «Ensemble» (le nom de la confédération des partis du Président) en disaient long sur leur manque d’enthousiasme en ce début de campagne. Il faut dire que les investitures ont été aussi difficiles à négocier ici qu’elles l’ont été à gauche. S'y ajoute que débute mécaniquement, avec ce second mandat, le début de la fin de l’ère Macron, ce que le Président réélu a un peu de mal à accepter. Ce mandat promet décidément d’être compliqué quelle que soit sa configuration.

Récusé. Je n'ai pas le souvenir d’un député sortant, hors faits graves, qui n'ait pas obtenu l'investiture par sa propre famille au moment de renouveler son mandat. C’est pourtant ce qui se serait passé (si mes infos sont exactes) dans la circonscription de Marmande (Lot et Garonne) où Alexandre Freschi , député LREM sortant, se serait vu préférer son ex-collaboratrice parlementaire dont il s’était séparé. Je ne connais pas ce Monsieur mais son cas ne serait pas banal. Mais il parait que, dans cette circonscription comme dans les autres, c'est le "patron" qui a décidé. Le député sortant maintiendra-t-il sa candidature cependant, au risque de priver la majorité présidentielle d'une présence au second tour dans cette circonscription ? Correctif du 7 mai. Les investitures "Renaissance" sont publiées : le député sortant LREM de la circonscription de Marmande a finalement obtenu l'investiture. "Le coup passa si près" écrivait Victor Hugo... que le chapeau n'est pas tombé ! Dont acte : je me suis trompé. Mais j'en connais quelques-uns sur le Marmandais et ailleurs qui ont été surpris de cette reconduction. Le "récusé 2" ci-dessous, lui, vaut toujours...

Récusé (2). C'est donc Emmanuel Macron qui a également décidé d'investir Manuel Valls en lieu et place d’un député LREM sortant (qui a lui décidé de maintenir sa candidature) dans la circonscription Espagne-Portugal. Manuel Valls... Démissionnaire de son mandat de député de l’Essonne pour tenter de se faire élire Maire à Barcelone et qui, après son échec en Catalogne et refusant d’y être simple conseiller municipal, revient, toute honte bue, vers LREM qui lui avait pourtant refusé son investiture en 2017 pour cause d’un trop grand nombre de mandats déjà exercés. Ces gens-là vivement vraiment dans un autre monde. Même Ségolène Royal, sans doute échaudée par sa récente beigne aux sénatoriales des Français de l’étranger, a au moins l'intelligence de faire l’impasse sur ces législatives : c'est dire.

Fauchée mais digne. Valérie Pécresse ayant obtenu un peu moins de 5% des suffrages exprimés, le remboursement de ses frais par l'Etat ne peut lui être accordé : c'est la règle. Or, comme la plupart des candidats toutes élections confondues, elle a financé sa campagne par l'intermédiaire d'un prêt souscrit à titre personnel. Cette dette est donc la sienne, raison pour laquelle elle a fait un appel au peuple (comme Y. Jadot, dans la même situation). Nicolas Sarkozy lui aurait adressé un chèque de 2000 € que la candidate malheureuse a retourné à l'expéditeur : ce n'est pas exactement ce genre de soutien qu'elle attendait de lui dans cette élection.

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