Après l'épisode Mélenchon

Publié le par Bernard LUSSET

On peut espérer être désormais à peu près sortis de l'épisode paroxystique "Mélenchon" de la semaine dernière. Comme la plupart des Français, je crois, j'ai trouvé l'exercice grotesque tellement il était disproportionné et choquant pour les valeurs philosophiques qu'il mettait en exergue.

Sur le côté grotesque, inutile d'en rajouter. "Ma personne est sacrée", "La République, c'est moi !"  Ces citations et les vidéos associées ont tourné en boucle : on a vu un Mélenchon d'un coup très respectueux de certains symboles institutionnels qu'il n'hésite pas, en temps ordinaire, à brocarder. Je veux bien croire que voir débouler à son domicile des policiers au petit matin pour une perquisition puisse être un évènement perturbant. Mais le grand "numéro" mélenchonesque sur le complot était vraiment ridicule. Il témoignait aussi d'un profond et curieux mépris pour l'institution judiciaire et celles et ceux qui la font vivre au quotidien.

Comment prôner les vertus de la République et s'en prendre à un policier ou un magistrat dans l'exercice de leurs fonctions républicaines ? Comment imaginer que ce comportement, mis en scène par Mélenchon lui-même, pourrait ne pas servir de justification à d'autres, dans d'autres circonstances ? Tout ça est assez choquant. Très choquant, même.

Qu'on me permette de rappeler ici que dans des circonstances analogues, le Modem auquel j'adhère a été mis en cause par la justice en 2017 pour des questions relatives à l'emploi supposé illégal d'assistants parlementaires. Le siège du Parti a fait l'objet de perquisitions, des responsables ont été auditionnés, du matériel informatique a été réquisitionné. François Bayrou, quoi qu'il en pense, n'a pas fait ce "numéro" de victimisation : il a démissionné du gouvernement et Marielle de Sarnez également. Et même s'ils trouvent certainement le temps judiciaire un peu long, l'un et l'autre attendent que la justice déroule sa procédure : c'est quand même autre chose que la dérisoire tonitruance de Mélenchon.

Et c'est, hasard du calendrier, au moment même où les outrances de Mélenchon le signalent négativement à l'attention des Français, que la frange la plus à gauche du PS -ou de ce qu'il en reste- fait le choix de le rejoindre. Décision pour le moins surprenante, sauf à imaginer qu'il y aurait à la clé quelques places bien situées pour espérer siéger l'année prochaine au Parlement européen ? Tout ça n'est guère glorieux.

Dans une récente chronique qu'on pourra relire ci-dessous, Alain Duhamel explique dans "Libération" combien le paysage politique s'est en quelque sorte liquéfié. Certes, nos institutions dont la solidité a été maintes fois démontrée entretiennent l'illusion d'une vie politique structurée. Mais, derrière la façade institutionnelle, c'est bien le rapport des citoyens à la politique qui se distend chaque jour un peu plus. On aurait tort de sous-estimer ce lent mouvement collectif : il débouchera forcément un jour sur une réaction sans doute virulente. Il ne faut d'ailleurs pas exclure qu'elle se manifeste douloureusement lors des prochaines élections européennes où, pourtant, l'enjeu est plus clair que jamais sur le choix proposé.

On y reviendra ici bientôt.

Publié dans on en parle partout

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