Des citoyens de "seconde zone" ?

Publié le par Bernard LUSSET

 

"Je voudrais rappeler l'histoire de ce qui nous rassemble à ceux qui n'ont jamais mené de combat politique et n'ont donc aucune légitimité.

A ceux qui insultent les élus qui, depuis, vingt ans, ont contribué aux victoires politiques de la droite et du centre, de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy.

Aux donneurs de leçon en chambre des petits cabinets parisiens,

A ceux qui n'ont toujours pas compris qu'en politique 1 + 1 ne fait pas deux.

A ceux qui ont toujours été les ennemis du gaullisme depuis l'Algérie française...

Nous n'avons pas la même histoire (avec le front National) et c'est donc normal que nous n'arrivions pas à la même conclusion. L'UMP a été créée, par Jacques Chirac et Alain Juppé, dans une volonté farouche d'additionner les forces de la droite et du centre et dans la même volonté de refuser les extrêmes d'où qu'ils viennent.

Nous devons réaffirmer avec force l'esprit du pacte fondateur de l'UMP et l'esprit du pacte des fondateurs."

 

C'est en ces termes que François Baroin répond (Le Figaro 22/06/2012) à une énième question au sujet des alliances avec le FN. On ne saurait mieux dire le mauvais procès que la gauche, à chaque élection, nous fait.

 

Mais au-delà du caractère ridicule du faux-procès et de mon exaspération personnelle de ces leçons de morale politique assenées par des gens que vraiment rien n'autorise à ça, il me semble que mes convictions centristes et humanistes, modérées en somme sont, je crois, suffisament étayées par mon parcours, mon comportement d'homme et d'élu pour que j'ose poser ici quelques questions :

 

Mon opposition au vote des étrangers à nos élections fait-il de moi un horrible xénophobe ? Je ne le crois pas !

 

J'ai la conviction que le meilleur moyen de faciliter l'intégration des ressortissants étrangers installés chez nous est de les inviter, s'ils veulent participer à la vie citoyenne, à adopter la nationalité française. Est-ce une pensée honteuse  ? Est-ce un système de valeur révoltant ? Si la réponse est "oui", il va falloir m'expliquer en quoi...

 

Je conçois parfaitement que d'autres aient une idée différente et je suis d'ailleurs prêt à en débattre avec qui voudra : mais au nom de quoi ce sujet-là serait-il tabou ? Parce que le FN fait de cette question un épouvantail à moineaux ? Nous serions stupides !

 

Je crois que notre système de solidarité mérite d'être revu en profondeur dans son fonctionnement. On n'a pas le droit de dire ça, tranquillement ?

 

Qu'il s'agisse de nos prestations familiales, de notre sécurité sociale, et de tous les autres dispositifs sociaux existants, je suis très attaché à notre protection sociale. Et, à titre personnel comme beaucoup d'autres, je contribue grandement à son financement et je trouve ça normal. Mais il faudrait être aveugle, bobo parisien ou singulièrement militant pour ne pas voir que, d'une part, il laisse de côté des détresses profondes auxquelles il ne sait pas répondre et que, par ailleurs, il constitue un élément -d'ailleurs compréhensible- de l'attractivité de la France à l'égard des populations du sud les plus pauvres : j'en suis le témoin chaque semaine dans les demandes de regroupement familial sur lesquelles le maire est appelé à émettre un avis.

 

Or, j'aspire à ce que ce système, qui nous coûte cher, réponde mieux aux situations qui le méritent, quelle que soit la nationalité de celui qui en bénéficie chez nous : je suis, là aussi, le témoin chaque semaine de détresses familiales que le monstre administratif qui régit notre solidarité ne parvient pas à prendre en compte pour une virgule qui manque ou un cas imprévu. Mais je vois aussi que notre système de solidarité est ainsi fait qu'en sortir est une épreuve souvent insurmontable : écoutez parler un ex-bénéficiaire de la CMU qui, retrouvant du travail, se trouve contraint à assumer seul une complémentaire maladie hors de sa portée. Ecoutez ces familles qui, pour quelques dizaines d'euros, perdent le bénéfice de ce système de solidarité. Ce sont ceux-là qui sont les contempteurs les plus durs de notre système de solidarité.

 

En quoi dis-je là une chose horrible ? Et qui décrête les sujets qu'on aurait le droit d'évoquer et ceux qui seraient interdits ? Le Parti socialiste ? Mais c'est une blague !

 

J'aspire au respect de nos règles républicaines de vie commune. Suis-je un fanatique nationaliste ?

 

Comme tout le monde, je constate tous les jours des débordements, parfois mineurs mais pas toujours, qui exaspèrent, angoissent et, au final, exacerbent les relations sociales. Parmi ceux-là, (qui ne le voit ?) le comportement d'un petit nombre discrédite toute une communauté et nourrit les fantasmes xénophobes, alors qu'il n'est en réalité question que de pauvreté, de désert éducatif et de jachère familale : tout ça commande une action publique forte, aux antipodes des réponses du FN, qui préfère nourrir la nostalgie, les haines et le rejet de l'autre, de sa culture, de ses différences.

 

Faut-il continuer, tel l'autruche, à taire ces questions et donc refuser de trouver des réponses humanistes intelligentes ?

 

Le fait de voter FN constitue-t-il une marque d'infamie qui devrait condamner ses auteurs à l'indignité civique ?

 

Ce qui est sans doute le plus choquant à mes yeux dans l'enfumage PS sur cette question du FN, c'est l'idée que les électeurs qui auraient voté FN dans une élection devraient être des pestiférés de la République auxquels on ne devrait même pas s'adresser.

 

C'est une idée scandaleuse quand on y réfléchit, puisqu'elle reviendrait à exclure du cercle républicain des hommes et des femmes dont je pense, au contraire, que pour leur plus grande majorité, ils sont, plus que d'autres, en attente d'une réponse républicaine, collective et profondément humaniste. C'est bien par défaut de cette réponse qu'ils se tournent, en désespoir de cause, vers l'impasse politique et philosophique qu'incarne le FN.

 

***

 

C'est pourquoi je crois le temps venu de passer outre les oukazes socialistes sur ces questions. Tant pis pour les braillards qui voudront voir ici je-ne-sais quelle dérive idéologique ou philosophique : ils ne m'impressionnent pas. Je crois même qu'il vaut mieux que ce soit les plus modérés d'entre nous qui s'y collent, pour éviter des risques de dérives idéologiques qui existent à droite, je ne l'ignore pas.

 

Nous devons ouvrir nos yeux et nos oreilles aux détresses exprimées par nos compatriotes et les convaincre que le vote FN tourne le dos à la résolution des problèmes et montrer en quoi nos valeurs de responsabilité, de respect commun de la règle mais aussi d'ouverture aux autres, de protection des plus fragiles constituent la seule réponse républicaine durable. 

 

C'est ainsi, et seulement ainsi, j'en ai la conviction, que nous parviendrons à la fois à restaurer la confiance de nos compatriotes dans leurs représentants élus, à diminuer l'influence du FN et à restaurer un lien social dont la détérioration m'inquiète. Si nous ne le faisions pas, nous laisserions aux Le Pen, père, fille et maintenant petite-fille la maîtrise du débat public là-dessus. Il faudrait que nous ayons perdu tout sens commun et tout espoir collectif pour laisser faire ça.

 

D'autant que le résultat des dernières législatives en apporte une cuisante leçon : à Agen, comme dans beaucoup d'autres circonscriptions, les électeurs FN du premier tour ont été (avec les abstentionnistes, qui expriment sous une autre forme la même désillusion) les véritables arbitres du scrutin et ce sont eux, bien plus que les candidats socialistes, qui ont remporté une bien triste victoire à la Pyrrhus.

 

Cela ne fait pas d'eux, à mes yeux, des citoyens de seconde zone.

 

 

Publié dans on en parle partout

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